Eclat d’une nuit d’été sans début ni probablement de fin …
Vendredi 14 juillet 2006 –
tard, trop tard … Elle sait … 23h 13 il a écrit sorry baisers … oui elle a su se rendre minable… mal, trop mal … l’air est suspendu … étouffant …
Samedi 15 juillet 2006 –
8h …
Oui la nuit fut agitée, insomnie sans lune, ni trêve, ni repos pour celle qui est battue … et là entre épuisement et rêve, réalité et inconscience, une supplique intérieure : « oh juste encore un peu, un milliardième de petit peu pas ouvrir les yeux » … mais l’égratignure sur la pointe du cœur en cicatrice sanguinolente, vide au bord du gouffre, même pas un raisonnement, l’ombre d’un soupçon d’intelligence raisonnante et raisonnable … non la blessure là tentaculaire, pieuvre écartelant l’intérieur en salves mortelles … En bouffée macabre, la chose monte et s’agrippe, enserre et mortifie, comme des myriades de métastases en accéléré … Et elle absorbée par l’effroi comme la mort, froide comme la fin, la faim, et ça rode, nœud dans la gorge, les larmes coulent seules et explosent en tonnerre de sanglots … L’homme à côté, interloqué, effaré, effrayé, ne sait plus que faire ni que dire … il vit sa souffrance à travers la sienne, sans savoir pourquoi il a mal … Faudrait expliquer, mais quoi ? Mais comment ? Raconter cette histoire insensée d’un amour improbable, comment parler de l’absence d’un fantôme ? … avouer l’incongruité déraisonnable d’une situation déraisonnée … Dire …elle ne sait pas, quelque chose comme les âmes au-delà du temps se retrouvent et se reconnaissent, comme ça, un jour d’été … Une journée elle le sait, c’est une éternité parfois à ne plus savoir où ni comment poser le corps, tellement tout fait mal, même pas capable de dormir juste pour oublier un peu … Trop peur du réveil qui ne pardonne pas à la mémoire …
10h – vélo, la poste et ouf le chéquier retrouvé … sa mémoire est une passoire depuis un moment, elle oublie les choses, les gens, les chéquiers … et puis envoyer les livres et les photos, à Lui qui aura le colis à son retour dans un siècle …
10h 30 – retour, l’homme part courir … plus composer, pouvoir pleurer toute sa moelle, se déshydrater dans les kleenex … et puis dessiner enfin … essayer … écrire peut être … Non… elle a lu le message oui « Il y a ceux qui font de leur réalité des rêves et d’autres des rêves de leur réalité… » oui merci, bien sûr, je sais … merci
12h 30 – faire à manger, déjeuner, terrasse, apéro avec les potes de l’homme qui prennent mille précautions … elle sourit, on dirait que tout le monde sent et tente de la protéger, mais il n’y a rien à faire …
16h – aller en ville, faire les boutiques, acheter n’importe quoi… se chercher un truc joli à mettre comme si demain au réveil il allait être là …
17h16 – un message, le portable, une bouffée d’air pour celle qui étouffe, quelque chose s’ouvre, se détend soudain … Elle regarde couler l’Adour au bord du pont, un moment l’eau rince son mouchoir …
20h – Un dîner, un de ces nombreux dîners où tout donne le change, elle aussi … manger, boire, parler, sourire … les yeux au bord des lèvres en nausée … la chaleur, le vin la grise … ah oui boire par exemple … peut-être … et puis non … l’alcool et le chagrin ne font pas bon ménage …
22h31 – vibreur, le portable, un deuxième message, « désolée, c’est important » dit-elle à l’assemblée … L’homme la regarde de ses yeux des profondeurs et n’est pas dupe mais il se tait comme toujours … il la regarde composer la réponse … il ne posera pas de questions, elle le remercie sans le lui dire. Et elle là d’un seul coup à côté, la table, les amis, l’homme, tout disparaît, elle sent dans ce message une désolation, la même que la sienne, et pourtant elle voudrait lui dire qu’elle est proche, si tellement là …
Minuit – chaud moite dans l’appartement … prendre une douche, laver sous l’eau glacée les miasmes de la journée, le siphon va absorber … elle se couche au fond de la baignoire, l’eau glacée sur le visage et sanglote, eau chaude contre eau froide … La terrasse respire, elle aussi un peu mieux … Et toi le sens-tu ?
Dimanche 16 juillet 2006 –
7h
Premier œil qui s’ouvre, elle prend la dimension, la mesure d’elle, de comment elle est là puisqu’elle vit encore, deuxième œil … bilan : un rêve dans la nuit où elle tenait dans la main un éclair de tonnerre, elle a dormi donc … elle ne s’y attarde même pas, s’en fout, se déplie, retire la tête de l’oreiller écartelé, regarde l’homme encore endormi … le laisser tranquille, lui passer la main sur la joue, tendrement, lui demander pardon mais vite, ne pas s’attarder surtout, les larmes ne sont pas loin … Café, clopes et faire son cinéma comme le Gérard de Morgièvre … curieux comme elle se retrouve dans ce personnage, en écho, finalement pas d’originalité possible … inventer les choses est si compliquée et la souffrance est la même pour tous … Rassurée ? Même pas … ça n’enlève rien de savoir que l’autre meurt aussi … Voilà le cinéma de Gérard, oui tout se recoupe, se compose, se décompose, se surimpose, se sclérose, l’implose … Elle, elle ne crie pas, non non pas fort, pas au point que le passant interloqué se retourne, d’ailleurs il s’en fout le passant … elle c’est un gémissement à l’état pur, celui qui vient du ventre, des entrailles de sa chair, de ses tripes là béantes à tous vents malsains, ça éraille juste un peu la gorge, parfois ça meurt là, parfois ça gicle l’œil … c’est son cinéma, comme Gérard ! Et ah oui, revenir avant, oui essayer peut être, juste une fraction de seconde pour voir comment c’était quand c’était avant, juste avant le premier mot du scénario et dés écrire la pièce, détricoter les mots, les mettre à l’envers pour voir … faire de la folle qu’elle est une héroïne … ou alors ne plus être l’actrice, ah oui, tiens juste l’auteur ou mieux le cameraman qui ne s’occupe que d’impressionner la pellicule.
9h 30 – l’homme se lève, les cernes lui barrent le visage … la nuit ne fut pas folle … sourire, dire il fait beau, on va à la plage ? … l’homme sourit, boit son café, l’œil en vrille interrogative, mais pas un mot, juste sa main qui s’attarde sur son épaule, sur son bras, un bisou là sur la joue, gentil, doux, une sorte d’excuse, comme un murmure qui dit je ne peux rien … elle sait, il ne peut rien, il n’y est pour rien non plus …
10h 30 – L’océan sur la peau comme une gourmandise inépuisable, elle a bu un peu d’eau de mer, comme d’habitude, un rituel de salut à l’océan son copain de toujours à qui elle doit la vie … elle n’a d’ailleurs jamais su vraiment pourquoi les piqûres d’eau de mer lui étaient si vitalement nécessaires dans l’enfance … elle en a gardé dans sa bouche le goût qu’elle retrouve à chaque tasse bue … Et puis elle regarde le sable se refermer sur ses pas « je suis en prison, le cœur en étau dans un intérieur de chair. Il me faudrait y aller, éviscérer, écarteler, brûler le trop plein à coup de lance flammes ou de lance roquettes … » Un chien creuse le sable, excité et compulsif, jusqu’où ira-t-il ? Le sel l’englue, la chaleur la torporise, la sueur coule entre ses seins, se crémer, crémer l’homme aussi même s’il est tanné déjà, écran total a dit la dame « votre peau est fragile » tu parles j’ai la couenne plus solide que tu ne le crois … le soleil là lui cache sa Lune … Deux chiens creusent … Un mec la regarde … Sa femme est jolie pourtant, le sein encore ferme, oui un peu de gras là sur le haut des cuisses mais … Elle sait pas pourquoi le mec la regarde, elle ne se voit pas, une ombre et encore dans sa pénombre … Diversion … elle s’attarde, cherche à savoir si le mec bande sous son moule couilles noir, ravageur … enfin il est vieux … elle pense que le sexe de l’homme est si faible et puis elle s’en fout, son sexe à elle est ailleurs … Même pas mal, il n’est pas là, et puis si il est là, il l’envahie par saccades … ça y est ça frise de nouveau, un sanglot juste là en bordure de lèvre, ne pas ouvrir la bouche, ne pas faire de bruit, respirer bien à fond par le ventre … et les chiens creusent toujours, un champ de mines explosées sur la plage d’Anglet, des milliers de morts et d’estropiés, vacances ensanglantées sur la côté basque … Envie de pisser, aller dans l’eau, les poissons le font non ?
11h 27 – une guêpe sur son épaule, un frôlement, elle s’étonne toujours de ne pas être agressée par les insectes sans doute parce qu’elle n’en tue jamais aucun, doivent le sentir … Pense à Lui, qu’à Lui, le sent, le respire, l’aspire, le sexorise, le prends, elle hurle en silence, ce silence qui la foudroie de l’intérieur … L’homme part faire de la plongée … elle reste, pense « je me hais, et je te aime », elle voudrait creuser comme les chiens, les deux pattes en érection, la croupe bien campée pour creuser, profond, profond et s’enfoncer là et traverser ailleurs oui ailleurs mais où ? Et elle jette les mots sur du papier carnet, comme ses jouissances de lui, radeau médusé, ne pas se noyer, laisser l’eau juste affleurer là à hauteur de narines, ne plus respirer, pour voir comment ça ferait de mourir … Elle pense c’est pas simple mais la vie non plus … Et puis de nouveau, elle le perçoit si près, à le toucher presque, fantasme de son cerveau malade, oui la distance s’est réduite, quelques centaines de kilomètres, courir, venir, frémir et puis non des milliards de mauvaises raisons pour ne pas y aller et une seule bonne, il ne lui a pas demandé … A-t-elle écrit son histoire ? Elle le pense oui, elle sait bien que sa vie n’appartient qu’à elle, que c’est d’elle que tout sort « putain de scénario, mauvais, médiocre, pathétique … » elle sourit comme pour s’excuser … Elle aimerait soudain, telle une bouffée délirante, sentir le doux de sa peau dans l’océan, elle suce ses lèvres, elles ont ce goût de lui … elle l’attend …
12h 57 – elle colle, elle s’englue toujours de sel, le soleil la lèche, les bruits se font silence, n’entend pas, l’océan lui suce les orteils. Elle s’endort …
13h18 – Rentrés à l’appart … douche glacée, persiennes fermées, trop chaud … une goutte de sang en estafilade sur la cuisse comme pour laver le choc de l’intérieur … presqu’une libération ces règles devenues si rares … Et puis là encore, en perception chair de poule, les coups de poignard qu’il ressent, lui loin, trop loin, lui enserrant le cœur en miroir réfléchissant … ou alors c’est elle qui croit que … Contraction, le vagin s’étire, s’écarte, elle accouche quand ? Fuir vite cet appartement, l’homme est de plus en plus inquiet … appartement vide de celui qui n’y est pas et n’y a jamais été et pourtant tout plein à craquer, une mémoire inconnue … même la musique … Elle sent chacun de ses essoufflements là, l’étouffant à vomir …
14h 40 – qu’est-ce qui lui prend de regarder l’heure tout le temps, elle qui vit sans, décidément rien n’est plus comme avant … faire avancer, souffler dessus pour que ça aille plus vite … Une femme à la terrasse du café parle d’incantation à la Nive ? Qui pourrait-elle donc incanter elle qui a paumé son cœur quelque part et ne se souvient pas où …
15h 49 – faim, rentrer, re douche, un peu de musique et parler un peu à l’homme là perdu à ses errances … lui dire : tout va bien, ce n’est rien, la fatigue, les règles … enfin tout ça quoi …
15h 50 – Où est-il ? Que fait-il ? Un vent léger soulève ses jupes, une bouffée de sérénité là soudaine, la mémoire qui somnole … et puis elle pense « plus que 14 jours … oui ! mais au fait pour faire quoi ? » Elle écrit, elle jette les mots comme des vomissures, pour exorciser … s’expliquer à elle-même les choses encombrées de son cerveau …
19h 48 – pas de message … tout est trop silencieux et la béance là … elle sait bien sûr que ce n’est pas si simple … les jours à venir vont s’habituer à l’absence, vont faire autrement, faire sans … et puis le temps efface, affaiblit, atténue toujours … là elle attend, encore … mais peut être demain …
Lundi 17 Juillet
Minuit hier … pas de message … absence engluée à la chaleur, attente vaine et sans saveur … Elle sait elle que le message et quelles que soient les circonstances, elle l’aurait écrit, genre « je suis là … » mais les hommes ne sont pas aussi courageux sans doute ou ont moins d’imagination …
1h, 2h, 6h, 7h – sommeil en pointillisme, en toile déchirée sur l’écran de sa nuit …
7h – se lever, d’ailleurs l’homme se rase déjà … un peu pâle, un peu cerné, la nuit appuie ses ombres sur son front … chaud oui mais plus encore l’incompréhension, la peur … Elle a parlé hier oui sans rien expliquer, juste tenté de rassurer, de calmer … pas dupe l’homme, pas stupide de derrière les mots prononcés, il sait que la chose est tapie mais il attend, résigné en forme de sagesse, sa force à lui c’est d’être présent dans le silence et sa patience lui donnera sans doute raison, tôt ou tard …
Café, petites discussions des jours de boulot « tu rentres à quelle heure ? Tu veux manger quoi ce soir ? » Comme pour se raccrocher à l’espoir, l’espoir que la densité se fasse moins rude … petits baisers … à ce soir !
Et elle là se dit que la journée va être interminable avec ces non envies, ces vides en sacoches qui pèsent des tonnes, bosser un peu oui … puis peindre aussi enfin faudrait mais là manque juste un peu de place pour imaginer, pour créer … écrire ben oui, laver, récurer, rincer, extirper la tumeur là au bas du ventre, au creux du cœur qui manque d’air …
Pas de pleurs c’est déjà ça de gagné … non juste une colère sourde contre elle-même, car au fond cette souffrance là l’excite bien davantage que son absence, façon d’exister … éternelle histoire de sa vie … les déchirures, les drames, les aime moi, les solitudes comme des abîmes. Il faudrait désapprendre, recommencer, revenir en arrière, au départ, quand sa mère l’a pondue … et puis savoir ce qu’est la sérénité, le bonheur, trouver le mode d’emploi mais où ?
9h 30 – Internet et les messages à n’en plus finir, le virtuel la gonfle. Tous ces sentiments humains logés là sur le net, l’ère de la communication majeure paraît-il alors même qu’on ne sait plus ni aimer ni voir ni exister … la vie réduite à une immense trame virtuelle … éminemment dangereux, elle le sait si bien … Internet père de tous les fantasmes, de tous les espoirs, de tout l’imaginaire de l’homme seul dans ce siècle perdu …
Chanter en italien avec Bocelli … les paroles lui renvoient ses échos, ses soupirs en inspir et expir …
« Bon oui ma réalité n’est pas terrible et mes rêves sont des cauchemars … à ce niveau d’inconscience, faudrait ranger, compartimenter le cerveau explosé, mettre tout sur la table et trier, déchirer, ranger bien comme il faut, contenir les pensées vagabondes … »
Recentrer, c’est cela oui, savoir exactement quelle est l’attente s’il y en a une, pas certain … et tenter de l’atteindre mais le rêve ne sera t’il pas toujours plus beau, plus magnifique que la réalité en routine incertaine ?
Elle pense « le temps passe, comme une immense ride en trépanation, et je ne sais toujours pas ni qui je suis ni ce que je veux et encore moins où je veux aller » … et « comment savoir ce que j’ignore ? » … Sa mémoire est une dentelle qu’elle tisse aux sables mouvants de son inexistence …
Atteindre le sublime, ah oui, une façon comme une autre de ne prendre jamais aucun risque …
« Je suis folle » et puis ce sentiment rare et si salvateur, une sorte de décompression, une légèreté là, le sentiment du lâcher prise soudain, et le temps ignoré, ah oui tiens, « je suis passé à côté l’air de rien » … d’ailleurs …
12h déjà et oui elle a réussi, le temps est mort sans savoir où on l’a enterré et où était-elle ?
16h 25 - come il profumo delle rose dura solo une stagione …
20h – l’homme est rentré épuisé … La canicule ankylose même les soirées …
Pas de message, mais elle n’attend plus, l’étau s’est desserré… et elle regarde les étoiles, lueur d’elle-même quelque part dans l’immensité en devenir.
Mardi 18 Juillet
Nuit câline, nuit de suées intenses et que faire d’autre d’ailleurs dans cette chaleur qui ne tombe pas? L’homme s’est fait plus tendre, plus doux, plus prolixe aussi, la peur fait dépasser ses propres résistances … Bercée par les mots, par les gestes, ses pensées se sont diluées dans le moment, elle s’est déposée …
Puis le matin et ses rituels immuables, routine rassurante …
8h 29 – quelques mots là sur le portable « …tu me manques » et la voilà touchée à nouveau, ravivée … elle s’étonne du changement de ses humeurs, du vide à l’intense, décidément rien n’est permanent et tout disparaîtra, elle aussi …
Seule sa soif de l’impossible survivra et la fera revenir encore et toujours … quelle cruauté d’être formatée ainsi à tout vouloir, l’obligeant à chercher sans fin à la bouche édentée des déserts. Cette insuffisance de soi en soi la foudroie d’impuissance, vouloir tout sans savoir quoi donner pour l’obtenir …
« Amour et Vérité » voilà bien l’inaccessible rêve … fantasme d’une nuit d’été au bord de la déraison…
Mercredi 19 juillet
Journée d’hier sans saveur ni odeur … en pointillé, quelques rendez-vous, rien de transcendant … éternelle comédie face aux autres, elle se savait douée et de toutes façons personne ne s’intéresse à personne, elle aurait donc encore de beaux jours devant elle avant d’être démasquée …
La soirée et la pluie sur la peau, les éclairs foudroyants et l’atmosphère toujours aussi lourde dans tous les sens du terme … pas de message, les étoiles étaient en voyage … et les pensées, les réflexions : comment sortir de ce tunnel, comment comprendre… poser un nom sur ses errances ne l’avait pas rassurée « pécheresse et possédée, comme Myriam de Magdala*, par les mêmes démons et la même soif insatiable m’habite et je poursuis avec la même frénésie cette absurde recherche d’un absolu infini que nul ne pourra jamais m’apporter, et le miracle n’aura pas lieu».
Voilà où allaient se nicher ses rages volcaniques et dévastatrices, ces débordements d’humeur éhontés, ces désintérêts abyssaux … prisonnière et si terriblement remplie d’elle seule jusqu’à l’écoeurement, suffisante, stupide et orgueilleuse et étriquée dans son petit moi … et la conscience exacerbée, la lucidité terrifiante que ce qu’elle cherchait était impossible à trouver à l’extérieur …
9h 07 – l’homme vient de partir, le calme apparent rassure … celui qui précède la tempête car ses humeurs étaient aussi changeantes, incertaines et imprévisibles que le temps …
*(une femme innombrable – JY Leloup)
14h
Pas d’excuse, pas de compassion … sa lucidité a cela d’implacable que chacune de ses décisions, chacun de ses actes, chacune de ses paroles relèvent justement d’une effroyable conscience … se détruire et détruire l’autre par la même occasion était certes fait sans bonheur mais avec une infinie application. Pas d’absolution donc … elle sait et s’en fout …
Juste un pincement là au creux du cœur et la mort en filigrane … proche ou lointaine, en tous cas inéluctable … et s’il lui faut un regret que ce soit celui de n’avoir jamais vraiment aimé.
Des femmes faites pour et par les hommes, son chemin en croisait tous les jours, celles qui entrent dans le moule presque heureuses sans doute et puis elle, rebelle, définitivement insoumise, éternelle chercheuse d’une vérité si élevée que forcément illusoire … « et je me cogne aux barreaux de la tour que j’érige pierre par pierre autour de ma vie ». Cette abominable insatisfaction ne vient que d’elle ou d’une probable tare de naissance ou alors d’un lointain passé … Et l’autre n’y est pas pour grand-chose même s’il peut être révélateur parfois … mal être qui colle aux basques et détruit comme la gangrène …
14h 30 – coup de fil, un coup de frais dans la pièce immédiatement assorti d’un coup de blues … antagonisme de sa personnalité, son bonheur n’est jamais complet … sorte d’interdiction érigée en principe absolu … et puis les pensées déchaînées encore comme des vagues déferlantes … l’aime t’elle Lui ? ou bien seulement le frémissement d’un rêve inaccessible dont les racines profondes puisent loin à la source ?
Sans répondre à la question et à quoi bon, elle se découvre soudainement calme et sereine … sentiments ô combien exceptionnels ces jours-ci … la pression réellement se relâche … elle avance de manière différente, plus mature peut-être … et la soirée en est illuminée … les étoiles ce soir brillent d’un tout autre éclat …
Jeudi 20 Juillet
8h
L’homme a décidé de prendre une journée … fait inhabituel et là sur la terrasse à la fraîcheur du petit matin, bols de café, elle regarde l’homme la regarder … se sent principale intéressée bien sûr mais aussi spectatrice, curieuse capacité dont elle a le secret – détachée et attachée … et elle s’attarde sur ses yeux noirs, soyeux, caresse de l’œil les contours du visage et le voit beau … Il lui sourit, avec cette pointe de douceur qui affleure et semble lui dire comme en excuse « je suis si désolé de ne pas être Celui que tu attends … ». Oh non l’homme ne prononce pas un mot, tout est là posé à la pointe de l’œil et du cœur, l’homme a cette pudeur virile qui se veut maîtrise … Elle fond un peu, sans culpabilisation outrancière, ce n’est pas son genre … mais elle sait ce qu’il endure depuis quelques temps … d’indifférente, elle est devenue maîtresse dans l’art de la fureur, des excessivités permanentes, des sanglots intempestifs … savoir ce qu’il préfère ? ni l’un ni l’autre sans doute mais il se plie aux exigences du moment, se fait caméléon, absorbe les chocs, incroyablement patient et calme … Oui, l’appel du large, du grand fond, de l’imprévu, de cela même qui pourrait répondre à son avidité, aurait pu lui être fatal, il le sait … il est tout à fait convaincu aussi que la prise de risques ne l’effraie pas, femme de trop de caractère et d’entêtement, elle peut d’un coup de tête tout faire exploser et tout réduire en cendres à chaque seconde s’il lui semble que l’ailleurs peut étancher sa soif d’un amour exacerbé et inépuisable, s’il lui semble que là quelque part, se trouve être ce qu’elle cherche ou celui qu’elle cherche de toute éternité … Il sait, il est là et il attend …
Et elle oui commence à se percevoir avec un aiguisement plus affiné, quelques certitudes affleurent là à sa raison. Ce ne sont encore que quelques balbutiements mais elle entrevoit comme l’émergence d’une intuition … une fine pointe de connaissance remontée là à fleur de sa conscience, une confrontation unique à elle-même que l’absence, le délire si tellement intense de l’impuissance, de l’amour désabusé, de cette tristesse éreintante et effrénée de ces derniers jours, ont exacerbé … Celui là même à qui elle a prêté un autre visage que le sien et sur lequel elle a pleuré des heures et des heures pour quelques malheureux jours de séparation virtuelle, venait de lui offrir, sans même le savoir probablement, ce cadeau inespéré … alors elle se pose là, regardant l’homme qui la regarde, et se repose. Puis se sent subitement plus sage et tellement moins vulnérable, si pleine soudainement de La présence intériorisée qui fait que nulle recherche extérieure n’est plus nécessaire … oui l’homme, installé dans sa patience pressent, bien avant qu’elle ne l’appréhende elle-même, que l’histoire peut être se termine ici et ainsi, ici et maintenant, dans un présent éternel.
Et l’homme là, la regarde et, soulagé lui sourit aux éclats d’une nuit d’été …
Cat - Juillet 2006




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