Cebrian à Osborne - Osborne à Cebrian
Juillet 2006
Ecoute Osborne, j’ai besoin de repos et de sérénité, tu le sais bien, continuer ainsi n’est plus dans la mesure de mes forces … fatigué et las définitivement … cette vie qui me colle aux trousses, aux basques et qui s’effrite à coup de trop de désespoir me mine … tu me disais hier qu’il existait autre chose que cela … oui oui mais quoi à la fin ? non je t’en prie ne me parle pas encore de cette réalité ailleurs en dehors de ma compréhension, de ces choses non ordinaires dont tu me rebats les oreilles, je n’entends pas, je ne comprends pas .. ma vie à moi est là immédiate, impulsive, déraisonnée et déraisonnable … ah oui, je t’entends ricaner … ah oui je t’entends murmurer que mes écrits sont tout sauf dans cette réalité là … peut être mais il n’en demeure pas moins que ces mots que je couche là sur le papier de ma folie sont bien ma réalité journalière, ma thérapie à moi, mes remontées d’inconscient, mes clivages, les miens tu entends, pas ceux d’une autre réalité perchée je ne sais où dans ta tête de déjanté un peu farfelu … Et puis ton monde là, que fait-il pour moi ? Bon voilà alors écoute je ne vais pas refaire l’historique de la situation, tu la connais … tu sais quoi, j’aimerais m’allonger dans une rivière bien fraîche un jour d’été bien chaud et puis m’endormir là et ne plus me réveiller jamais, basculer comme ça tout doucement emmené par la rivière vers l’océan et m’y dissoudre … ah j’en fonds de désir … quel soulagement, plus de maux, plus de mots, plus de corps, plus de souvenirs, plus de pleurs … disparaître englouti par les flots dévoreurs … Ah évidemment oui tu as raison des gens auront quelque chagrin - peu au fond je pense et les pires douleurs sais-tu disparaissent avec le temps, d’ailleurs le temps parlons-en … il s’étire là sans début sans fin en une éternité d’un ennui glacial c’est terrible. Et moi, regretterais-je quelqu’un ? ah excellente question oui vraiment, je ne sais d’ailleurs que répondre … ma mémoire est une passoire tu sais, peu de ceux que j’ai croisés sont restés très longtemps posés sur ma petite cervelle … mémoire sélective ou trop de données peut-être, mon cerveau fait le ménage dès lors que les choses ont passées … alors l’amitié, l’amour tout ça … petits sentiments éphémères de peu d’envergure, de peu d’intérêt … juste un effleurement sur ma joue … je sais tu me taxes d’inconstance, tu as raison, je suis inconstant, infidèle, oublieux, solitaire, je te l’accorde … était-ce un choix ou une nécessité qui s’est imposée ? au plus loin que mes souvenirs m’emmènent ceux en tous cas que je n’ai pas délibérément oubliés, j’étais me semble t’il un enfant câlin et recherchant la compagnie … mais tu connais la situation familiale, nous n’allons pas y revenir, de câlin je suis devenue sauvageon, agressif, à fleur de peau et de coeur, écorché … quel était donc mon choix ? survivre ou suicide ? Ah oui je sais bien ta sempiternelle leçon, je suis responsable de tout ce qui est arrivé, j’ai fait ce choix en m’incarnant … permets-moi de ricaner … là vraiment des parents pareils, je devais être totalement ivre ou à l’ouest de l’ouest le jour où de mon petit nuage puisqu’il y a vie après la vie, selon toi, pour choisir cette incarnation là … non mais tu me prends pour un niais profond là !! Ah oui j’avais un lourd karma … bon ça vu ce que j’ai dégusté, j’ai dû être le pire des salauds que la terre ait porté c’est clair … mais bon comment puis-je comprendre quelque chose dont je n’ai absolument aucun souvenir … en fait, je serais châtié de saloperies faites dans un passé antérieur dont je ne me rappelle rien … franchement mon pauvre Osborne, tu es en plein délire … bon j’attends ton retour sur tout ça, j’aimerai quand même qu’un jour nous puissions en discuter sérieusement tous les 2,
Allez je t’embrasse quand même, fidèle
Cebrian
Juillet 2006
Mon cher Cebrian,
Tu divagues comme d’habitude, je ne t’ai jamais dit que la vie était simple … mais il te suffit peut être de la regarder avec un peu plus de détachement, de recul car au fond tout est fondamentalement et irrémédiablement risible et cesse de tourner toujours qu’autour de ton seul nombril, tout joli qu’il puisse être d’ailleurs… Je ne peux te convaincre de mes croyances, elles n’appartiennent qu’à moi mais tu me connais, j’ai expérimenté et moi je regarde toujours le verre à moitié plein plutôt que l’inverse … et qui disait que le pire n’est jamais certain ? belle phrase et si vraie … Alors oui nous sommes dans une pièce de théâtre, l’horreur, le pathétique est évidemment d’oublier que nous n’en sommes que les acteurs et de s’identifier aux rôles … Tous nous avons des casseroles aux fesses et si tu regardes bien tu n’es pas le plus malheureux sur cette planète… Enfin ça se saurait ! oui bien sûr une enfance nulle c’est certain mais tu n’as pas eu la pire au regard des horreurs de ce monde, et puis ton enfance est passée non ? pourquoi ressasser sans cesse ? … Voilà, je te dis, le monde se créé à travers ton regard, tu peux choisir de le voir horrible ou tout simplement comme il est, sans t’y attarder, juste comme un passage que tu as choisi de vivre dans le rôle que tu as choisi d’y tenir et puis écrire ton histoire chaque jour, changer de rôle comme bon te semble, en réalité, tu peux tout obtenir, il te suffit juste de changer de regard … Allez lève toi bon sang, marche …
Bon je file, il s’agissait juste de te faire un petit mot rapide pour te répondre et te dire que je pense à toi … nous en reparlerons je le crains …
Osborne




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