La fin …

Je suis Je, vieux Père-Oeil-de-Poisson qui a conçu l’océan, le ver dans ma propre oreille, le serpent tournant autour d’un arbre, 

Je m’assieds dans l’esprit du chêne et me cache dans la rose, je sais quand ils s’éveillent, rien que ma mort, venez à moi corps, à moi prophéties, venez présages, venez esprits et visions 

Je reçois tout, d’un cancer je mourrai, j’entre dans le cercueil pour toujours, je ferme l’oeil, je disparais, 

Je tombe sur moi-même dans la neige d’hiver, je fais la roue sous la pluie, je vois les baiseurs convulsés, les crissements des pneux, furies filtrant leur musique basse, mémoire fanée dans le cerveau, hommes imitant les chiens, 

Le ventre d’une femme m’enchante, jeune homme faisant fléchir sa poitrine et ses cuisses vers le sexe, la pine pénétrante éjaculant la semence sur les lèvres de Yin, les bêtes dansent au Siam, chantent l’opéra à Moscou, 

Mes garçons sur les pas-de-porte pris de désir au crépuscule, à New York j’arrive,  jouant mon jazz sur un clavecin de chicago, 

L’amour qui m’accoucha je l’offre sans souillure vers mes Origines, je flotte au-dessus du vomito frémissant sur mon immortalité, frémissant à perpétuité je coupe et j’enterre, 

Viens poète ferme ta gueule et mange mon verbe et goûte ma bouche dans ton oreille. 

Visions vêcues sous ayahuasca - Allen Ginsberg, Kaddish 1961 

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