Il me faudrait …

Il me faudrait aller au tréfonds d’un impossible endroit alors il me serait possible d’apercevoir la route, le chemin éclairé de lumière, la seule réalité, celle que je connais de tout temps mais dont j’ai oublié jusqu’à la moindre trace. Et quitter ce lieu recouvert d’immondices et d’horreurs, où je dépose jour après jour les oripeaux de mes absences. Là où entre ces murs de prisons érigés heure après heure, nuit après nuit, larmes après larmes, se déroulent des guerres sans merci en réalités brouillonnes, vivant seules, sans même qu’il y ait trace de la moindre action. Un oubli en moi, un oubli de Soi, une amnésie totale, perdue aux déserts des illusions, l’ego porté roi.

Il me faudrait juste le courage de quitter l’apparent confort des apparences !

Cat 2007

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14 comments

  1. jean lou jan 6

    Courage ?
    Je dirais Confiance.
    Et,pour l’essentiel,dans l’étreinte retrouvée de soi Par Soi,
    éprouver ,enfin,la béatitude.
    Le crois tu possible ?

  2. Cat jan 6

    Je le crois possible Jean-Lou dès lors que l’ego n’est plus roi et dès lors que l’on a accepté de ne plus décider mais de se laisser guider !
    merci
    cat

  3. Marie Gabrielle jan 6

    Salut Cat,

    J’aime l’ordre avec lequel tu sembles déposer les oripeaux…
    Je suis en désaccord sur les apparences qui ne sont pas à disjoindre de notre vision du monde matériel/aliste…
    C’est dur, oui, difficile de distinguer notre appartenance à un monde dans lequel on se serait senti “noble”, de notre nécessité quotidienne à travailler et assumer, dans une réalité où le jeu masqué de l’argent semble si répandu et alors important…
    Alors entièrement d’accord sur les apparences quant à la personne regardée, ressentie, aimée, ou seulement traversée ?
    Dans tous les cas, la vérité - le mensonge.
    A bientôt, et merci pour cette caresse du coeur,

  4. Cat jan 6

    Oui Marie-Gabrielle, là en l’occurence, je parle surtout de mes propres apparences et des illusions du monde tel qu’en tous cas je le regarde majoritairement. Toute ma recherche tourne autour de ce sujet, faire tomber mes illusions et donc les apparences. L’autre regardé alors devient autre justement !
    merci à toi
    amitiés
    cat

  5. OrbiiX jan 6

    “Il me faudrait juste le courage de quitter l’apparent confort des apparences !”
    Les quitter, ou les reconnaître pour ce qu’elles sont, n’est-ce pas finalement la même chose ?

  6. Cat jan 6

    Les quitter sous entend qu’elles ont été reconnues mais ceci se passe néanmoins en 2 temps, d’abord reconnaître puis quitter ! mais parfois même reconnues, il est difficile de sortir des apparences et donc de les quitter, c’est clair ce que j’écris là ?
    merci OrbiiX
    cat

  7. Olwenn jan 7

    Essentiel:
    “dès lors que l’on a accepté de ne plus décider mais de se laisser guider”
    Vanité que de croire qu’on décide, justement…

  8. Cat jan 7

    Merci Olwenn, en revanche je ne partage pas le fait que nous ne décidions de rien, pour moi il n’y a pas un extérieur qui déciderait à ma place. Seule je suis responsable de tout et définitivement y compris des pires horreurs donc du pire comme du meilleur. Mais j’en ai conscience, donc il m’appartient de faire les choses correctement et il n’est pas question de vanité, car crois-moi c’est suffisamment difficile !!
    cat

  9. jean lou jan 7

    Non pas Vanité..au contraire : Humilité ,sans servilité.
    Et,par l’acédie(détachement des accents “animaux” de notre humanité),fondée sur Notre décision,on choisit : Vie ou Mort.(à soi) pour accéder à Notre Etre…Accéder au Soi.
    Et,là,on marche dans la Clarté vers la cime ,fine pointe,de Notre Humanité réelle,essentielle,divinisée.

  10. Cat jan 7

    Tout à fait Jean Lou, absolument d’accord comme tu sais, et l’accession au Soi est ce qui relève définitivement de notre décision, nul autre que nous n’en avons la responsabilité, et il est sans nul doute bien facile d’espérer que quelqu’un d’autre quel que soit ce quelqu’un d’autre, en ait la responsabilité à notre place !
    merci beaucoup
    cat

  11. pierre jan 8

    Merci Jean Lou pour ce nouveau mot , même si son sens référencé est peut être différent du tien .
    Merci Cats pour “Au son …” je rejoins Marie Gabrielle !

    On sait la fréquence et la gravité de la maladie appelée dépression dans le monde contemporain, on sait avec quelle rapidité, chez les jeunes surtout, elle peut conduire au suicide. On sait d’autre part l’importance que les plus fins psychologues parmi les philosophes, Nietzsche, Scheler, Klages, Thibon ont attaché à la notion de ressentiment: cette vengeance différée accompagnée de tristesse qui incite à dénigrer les plus haute valeurs et à transformer les causes d’admiration en causes de dégoût ou de mépris. Les psychiatres s’intéressent aussi désormais à une nouvelle variante de la dépression: le désarroi.
    Voilà autant de raisons de redécouvrir cette morosité voleuse de vie (life-robbing dreariness, comme dit J. Novone), cette tristesse que dans la spiritualité chrétienne classique on appelait l’acedia, laquelle fait partie de la liste des sept péchés capitaux de Saint Grégoire le Grand (c. 540-604).

    Le théologien Michel Labourdette regrette que, dans la liste révisée des péchés capitaux, elle ait été remplacée par la notion beaucoup plus faible de paresse. Il voit dans cette substitution le signe d’une chute du plan théologal au plan moral.

    On peut dire du ressentiment qu’il est engendré par le dépit de ne pouvoir s’élever jusqu’à l’être ou au principe supérieurs proposés à notre admiration. L’acedia est engendrée par le même dépit mais à propos de Dieu lui-même, source de la force qui permet de s’élever jusqu’à lui. (Vu sous cet angle, le ressentiment apparaît comme l’acedia s’appliquant aux grandes valeurs ayant survécu à la mort de Dieu.)

    «Tristesse ou dégoût des choses divines dans nos rapports avec elles», dit Michel Labourdette. «C’est, ajoute-t-il, un vice subtil, de soi grave, mortel, quoique se prêtant spécialement à des mouvements imparfaits qui ne dépassent pas le véniel.»

    Voici les principaux passages consacrés à l’acedia dans la Somme théologique de saint Thomas d’Aquin, Question 35:

    «L’acédie, selon S. Jean Damascène, est “une tristesse accablante” qui produit dans l’esprit de l’homme une dépression telle qu’il n’a plus envie de rien faire, à la manière de ces choses qui, étant acides, sont, de surcroît, froides (et inertes). Et c’est pourquoi l’acédie implique un certain dégoût de l’action. C’est ce que démontre la Glose commentant le Psaume (107, 18): “Ils avaient toute nourriture en horreur.” Certains la définissent comme “une torpeur de l’esprit qui ne peut entreprendre le bien”. Une telle tristesse est toujours mauvaise, parfois en elle-même, parfois en ses effets. Est mauvaise en elle-même la tristesse qui provient d’un mal apparent et d’un bien véritable; à l’inverse, est mauvaise la délectation d’un bien apparent et d’un mal véritable. Donc, puisque le bien spirituel est un vrai bien, la tristesse qui provient d’un bien spirituel est mauvaise en elle-même. Quant à la tristesse qui provient d’un mal véritable, elle est mauvaise dans ses effets lorsqu’elle accable l’homme au point de l’empêcher totalement de bien agir. Aussi l’Apôtre (2 Co 2, 7) ne veut-il pas que celui qui fait pénitence “sombre dans une tristesse excessive” à la vue de son péché. Donc, parce que l’acédie, comme nous l’envisageons ici, est une tristesse provenant d’un bien spirituel, elle est doublement mauvaise: en elle-même et dans ses effets. Et c’est pourquoi l’acédie est un péché, car, nous l’avons montré, ce qui est mauvais dans les mouvements de l’appétit est un péché. […]»
    […]
    «S. Grégoire a désigné les filles de l’acédie comme il le fallait. En effet, selon le Philosophe, “personne ne peut rester longtemps sans plaisir, en compagnie de la tristesse”. C’est pourquoi la tristesse a nécessairement deux résultats: elle conduit l’homme à s’écarter de ce qui l’attriste; et elle le fait passer à d’autres activités où il trouve son plaisir. De même, ceux qui ne peuvent goûter les joies spirituelles se portent vers les joies corporelles, selon Aristote. Dans ce mouvement de fuite par rapport à la tristesse, se remarque le processus suivant: d’abord, l’homme fuit les choses qui l’attristent; ensuite il combat ce qui lui apporte de la tristesse. Or, les biens spirituels dont l’acédie s’attriste sont la fin et les moyens qui regardent la fin. On fuit la fin par le désespoir. On fuit les biens ordonnés à la fin, s’il s’agit de biens difficiles appartenant à la voie des conseils, par la pusillanimité; s’il s’agit de biens qui relèvent de la justice commune, on les fuit par la torpeur à l’égard des préceptes. Le combat contre les biens spirituels attristants est parfois mené contre les hommes qui les proposent, et c’est alors la rancune; parfois, le combat s’étend aux biens spirituels eux-mêmes, ce qui conduit à les détester, et c’est alors la malice proprement dite. Enfin, lorsqu’en raison de la tristesse causée par les biens spirituels, on se porte vers les choses extérieures qui procurent du plaisir, la fille de l’acédie est alors l’évasion vers les choses défendues.»

  12. Cat jan 8

    Merci Pierre, je ne sais si j’ai perçu précisément ce que tu démontres ici dans toutes ces explications extrêmement intéressantes et enrichissantes, mais plutôt que dépression ou désarroi, j’envisage plutôt la question sous l’angle de St Jean de la Croix et l’inéluctable “nuit obscure”, passage semble t’il obligé pour atteindre à cette rencontre avec le Soi ou Dieu ou comme on souhaite le nommer. De toutes façons cette recherche repose sur un axiome, nous cherchons quelque chose que fondamentalement nous ignorons. Au regard de la psychanalyse ou même de la psychiatrie, ceci peut en effet s’apparenter à une dépression grave pouvant conduire à la pire des extrêmités certainement, ou peut-être également apparenté à une schizophrénie, il n’en demeure pas moins qu’à mon sens, ce passage très obscur et très difficile à vivre est nécessaire. Ensuite, nous pouvons aussi préciser que d’autres variantes à la recherche du Soi peuvent être trouvées qui ne passent pas nécessairement par ce désarroi ou cette dépression, en nous référant notamment à tous les grands écrits de maîtres spirituels qui préconisent notamment d’accepter que ce qui est soit, le fameux lâcher prise qu’il nous est si difficile non seulement d’accepter mais d’appliquer !
    Ensuite, la recherche spirituelle toute poussée qu’elle soit n’écarte pas pour autant et inéluctablement la vie dite courante et les plaisirs qu’elle procure et il ne me semble pas forcément nécessaire de faire un choix entre l’un ou l’autre sauf à entrer dans les ordres et encore que …(c’est un autre sujet), les deux peuvent être menées ensemble et ne me semblent donc pas incompatibles.
    Par ailleurs, il faudrait également prendre en compte le type de population concerné par le sujet, il y a des variables extrêmement importants entre les individus, je note au passage mais c’est un autre débât bien que celui-ci me touche personnellement, que les personnes dites à haut potentiels ont une forte prédisposition à entamer cette recherche. Débattre ici de cela serait long et fastidieux mais c’est à noter.

    Quant à tomber dans les extrêmes et donc dans les choses dites défendues (et encore que défendues par qui et aux yeux de qui ??), je n’écarte évidemment pas la possibilité mais dans une recherche profonde et intelligemment menée même si douloureuse, le risque me semble amoindri.

    Ceci posé rien de plus difficile finalement pour l’homme de se rencontrer Lui-même car en réalité il s’agit bien de cela !

    Merci en tous cas pour autant de commentaires sur un petit texte somme toute assez anodin et je peux me permettre de le dire puisque je l’ai écrit !
    cat

  13. Marie Gabrielle jan 10

    Saint Jean de la Croix et les deux “Thérèse” sont assez proches et complémentaires sur le sujet. La petite Thérèse qui confiait qu’elle aurait opterait pour la prostitution, n’est-ce pas ? Pourquoi donc ? Pour elle-même ? Je ne le pense pas forcément…

    Merci Pierre… d’avoir su nommer l’affadissement. En effet, depuis qques jours, j’ai perdu l’autre ingrédient qu’il m’avait été donné de penser à propos d’un mauvais alliage incluant la paresse…
    Je ne l’ai toujours pas retrouvé, mais je choisis de combler ce manque par votre information présente, cela bien naïvement…

    La Grande Thérèse dit aussi de ne pas s’affoler et de supporter ce qui serait ressenti comme sa mauvaise image (à soi).
    Scott Peck, dans “Les gens du mensonge” définit le mal comme la tentative d’empêcher la croissance spirituelle de l’autre, sorte de crime motivé tout d’abord par la peur de la mort, comme vous l’écriviez, Pierre…

    Je trouve difficile, mais peut-être aussi simplement utile de marcher sur ce qui ressemble à deux rails… sa souffrance à soi… celle de l’autre, sa mort et celle de l’autre… son corps sans celui de l’autre…

  14. Marie Gabrielle jan 10

    allez… corrigeons la faute et fondons les verbes… “qu’elle co-opterait”, c’est mieux - je crois.

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