Les dimanches ..

C’était un de ses dimanche morne et sans saveur, s’étirant en longueur. Tout ronronnait, le chat, la pluie, moi aussi.

Il aurait fallu sortir du réel, s’inventer un jour différent, un ailleurs verdoyant, des cris, un soleil comme un rire, aux éclats, de l’amour comme une œuvre d’art ; enfin ne plus se réduire en un point confus, presque inexistant, un moment perdu suspendu à rien. Les dimanches sont comme les vieux, assis le regard perdu, sur ces bancs, passant le peu de temps qu’il leur reste sans plus le vivre, attendant là ce qu’ils craignent et qui pourtant s’annonce, la mort ! Mais la vie n’est-elle pas essentiellement supportable que parce qu’on sait qu’elle finira* ?

Cesser, stopper, ou alors recommencer mais comment sortir du raisonnable ? Faire comme un vieux ruisseau fougueux qui, subitement, quitterait son lit, apeuré mais décidé, pour se jeter dans l’inconnu ?.

Je marchais dans ces rues désertes et humides, attendant un charme, une sorte de miracle dont j’aurais été le créateur mais les murs que l’on construit au fil des années, avec application, sortis tout droit d’un triste cerveau sans imagination, ne s’écroulent pas si facilement.

Quelle serait cette nécessité de vérité à trouver, que sait-on de la réalité de la vie, celle qui nous fuit comme ces rêves qui, au réveil, nous échappent. Pour autant, il y a là comme le sentiment d’un tout possible, peut-être faudrait-il juste un quart de tour de la pensée, un saut quantique de l’autre côté, là où les jardins embaument, comme un paradis perdu donc à retrouver. Là où les mots comme des abimes ne diraient plus rien. Et faire preuve de vivacité passionnée alors il arriverait quelque chose, comme une invention, et puis trouver la note exacte le La dans lequel se concentre toute la mélodie, exploser la vie ?

Enfin juste un instant devenir génial dans un désir condensé qui ferait cesser de penser à plat, et oublier l’angoisse insupportable de l’inconvénient d’être né. Et puis ne pas se suicider de suite et chaque jour puisqu’il y a encore quelqu’un à décevoir*.

L’homme est une fiente, absurdement médiocre, je n’échappe pas à cette règle même si de toute ma peau, je m’en défends. L’angélisme est un leurre et il faudrait cesser de se croire légitime puisque ce n’est que de l’Autre que cela provient. Prendre la mesure de sa propre disparition, comme chacun, tel un fétu de paille balloté par le vent mauvais des dimanches mornes et sans saveur.

Cat

*Lacan

*Luchini

Les mots

Je hume les mots
Comme je les bois
Dans un silence
D’univers infini

Ce n’est rien, juste des mots
Comme des mondes
Qui se forment
Dedans

Les mots se croient
Comme je les croise
Lentement,
Langoureusement
Sans y toucher

Je regarde les mots
Comme je les écrits
Pareils à des étoiles déliées
Ou reliées

Les mots se boivent
Comme je les mange
Goulûment
Férocement
A m’en enivrer

Je joue avec les mots
Comme avec les couleurs,
Ou les odeurs
Lointaines
Et familières.

Je sonne des mots
Comme des trompettes
Sur les pavés luisants
Où je me glisse,
La nuit

Les mots,
Ceux que tu donnes
Ceux que tu prends
Comme des douceurs,
Ou des horreurs,

Des mots comme la mort
Ou la vie !

Je prends tes mots,
Je les digère,
Légère

Je les ai
Je les aime !

Cat

Si tu l’voyais

Si tu l’voyais
Se déhancher sur les vieux ports,
Il marche comme on pleure
Dans les brumes
Des matins gris.

St tu l’voyais,
La clope au bec
Et la musique, le blues,
Toujours à l’oreille.

Si tu l’approches,
Tu croiras qu’il fredonne,
Mais non
Il parle seul,
A un fantôme.

Si tu l’voyais,
Tu l’entendrais dire : si tu t’en vas,
Alors tu m’oublieras,
Tout s’oubliera

Parfois sur le quai,
Au bord de la jetée
Il s’arrête, respire
Regarde la mer,
Et attend des heures durant
Un improbable bateau.

Si tu l’voyais,
Tu saurais qu’souvent il a rêvé,
A ces terres lointaines
Dont on ne revient pas.

Puis la brume l’a enveloppé,
Les matins gris l’ont absorbé,
Et avec eux l’envie,
La mort est là qui sommeille,
Il le sait.

Si tu l’voyais continuer à parler,
A dire tous ces mots à son fantôme,
Celui qui un jour
L’a laissé là,
Comme on quitte les amours qui se meurent.

Si tu l’voyais,
tu saurais qu’il s’est accroché
A la peur
Celle qui fait tenir debout, encore
En attendant le triomphe de la mort
Au coin d’un quai, pas loin d’une jetée
Un matin brumeux d’un temps bien gris.

Cat

J’étais petite …

J’étais petite alors

Comme une luciole

Ou un feu follet

Le cœur plein de mirages

Et des mots comme des contes,

Je croyais en l’éternité

Et à la vie, sans fin !

Et puis l’aventure a commencé

Une nuit

Comme un rêve

Ou bien était-ce un cauchemar

Indicible

Touchée à l’intime de la peau

Mise à nue

Un instant au milieu de nulle part

Comme un effroi

La vie, l’amour,

Tout se meurt,

Tout se désespère

Tout s’amenuise

Moi aussi !

Cat