Ce que les “plantes sorcières” d’Amazonie m’ont fait voir *

Ce texte relate l’expérience de Michael Harner au tout début de ses recherches
sur le chamanisme. Je n’engage personne à tenter la même expérience. 
Depuis Michael a créé sa propre fondation pour permettre à chacun d’étudier le chamanisme et d’en recevoir la formation. Celle-ci se fait sans utilisation de plantes psychoactives qui nécessitent d’être dans un environnement particulier, très encadré avec des guérisseurs les maîtrisant et les connaissant parfaitement mais uniquement au son du tambour sur un tempo particulier.
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Expérience chamanique chez les Indiens conibos d’Amazonie péruvienne par Michael Harner 
Michael Harner, anthopologue américain, a fait le récit de son séjour chez les Indiens Jivaros d’Amazonie péruvienne dans Chamane, Paris, Albin Michel, 1982, (traduction, par Zéno Bianu, de l’ouvrage original The Way of the Shaman, New York, 1980, Harper and Row), dont le texte ci-dessous est un extrait adapté. Il a écrit également The Jivaro: People of the Sacred Waterfalls (University of California Press) et Hallucinogens and Shamanism (Harper & Row).CE QUE J’AI VU
J’ai mené mes premières recherches anthropologiques, il y a maintenant quarante ans, chez les Indiens jivaros, ou Untsuri Shuar, sur les pentes boisées des Andes équatoriales. A cette époque, les Jivaros étaient célèbres parce qu’ils réduisaient les têtes, une coutume qu’ils ont pratiquement abandonnée depuis lors, mais aussi parce qu’ils pratiquaient le chamanisme, une habitude qu’ils maintiennent vivante de nos jours. Durant les années 1956 et 1957, je recueillis de nombreuses informations sur la culture des Jivaros, mais restai un observateur extérieur du monde des chamanes.
Deux ans plus tard, le Musée Américain d’Histoire Naturelle m’ayant proposé d’entreprendre une expédition en Amazonie péruvienne pour y étudier la culture des Indiens conibos de la région d’Uyucali, j’acceptai, enchanté par l’idée de conduire de plus amples recherches sur les cultures fascinantes des forêts de la Haute-Amazonie. Je menai ces recherches en 1960 et 1961.
A l’origine de ma découverte de la voie du chamane, il y a une expérience que je fis avec les Conibos et que j’aimerais partager ici avec vous.
J’avais déjà passé près d’une année dans un village conibo situé sur les rives d’un lac proche de l’un des affluents du Río Ucayali. Les recherches que je menais sur la culture des Conibos me donnaient pleine satisfaction, en revanche mes efforts pour obtenir des informations sur leur religion ne rencontraient guère de succès. Certes, les gens étaient amicaux, mais ils hésitaient à me parler de surnaturel. Finalement, ils me dirent que si je voulais vraiment apprendre, il fallait que je boive la boisson sacrée des chamanes, une potion à base d’ayahuasca, ” la plante de l’âme”. J’acceptai avec curiosité et inquiétude, car ils m’avaient averti que l’expérience allait être effrayante.
Le lendemain matin, mon ami Tomás, l’ancien du village, partit cueillir les plantes dans la forêt. Avant de me quitter, il me dit de manger très peu: un déjeuner léger et pas de lunch. A midi, il revint avec assez de plantes d’ayahuasca et de feuilles de cawa pour remplir une marmite d’une soixantaine de litres, qu’il mit à bouillir tout l’après-midi, jusqu’à ce que ne restent plus que trois ou quatre litres d’un liquide noirâtre, dont il versa une partie dans une vieille bouteille, pour qu’il refroidisse jusqu’au crépuscule, moment où, disait-il, nous le boirions. 
 
Je vis des dragons noirs
échappés de l’espace
qui dirent être les maîtres
de toute vie sur la Terre  
 
Les Indiens muselèrent les chiens du village pour les empêcher d’aboyer parce que le bruit, m’expliquèrent-ils, peut rendre fou un homme ayant pris de l’ayahuasca. Ils recommandèrent en outre aux enfants de se tenir tranquilles. Si bien qu’au coucher du soleil, la petite communauté se trouva plongée dans le silence.A l’instant où le bref crépuscule équatorial fit place à l’obscurité, Tomás versa un tiers de la bouteille dans une calebasse, et me tendit cette dernière. Les autres Indiens nous observaient. Je me sentais comme Socrate acceptant la ciguë au milieu des Athéniens - et soudain je me rappelai que les populations de l’Amazonie péruvienne donnent aussi à l’ayahuasca le nom de “petite mort”. Je bus la potion d’un trait. Son goût était étrange, légèrement amer. Puis j’attendis que Tomas bût à son tour, mais il me déclara qu’il avait finalement décidé de s’abstenir.
Les Indiens m’avaient fait allonger sur la plate-forme de bambou sous le grand toit de chaume de la maison communautaire. On n’entendait aucun bruit, hormis le grésillement des criquets et l’appel d’un singe hurleur loin dans la jungle.
Alors que je regardais vers le haut, dans l’obscurité, des traits de lumière à peine perceptibles m’apparurent. Brusquement, ils augmentèrent de netteté et de complexité, puis éclatèrent en couleurs brillantes. 
 

Je vis un crocodile géant
dont les mâchoires
laissaient échapper
un flot tumultueux  
 
De très loin, un son me parvint semblable à celui d’une chute d’eau. Il augmenta progressivement, jusqu’à m’emplir les oreilles. Quelques minutes auparavant j’éprouvais de la déception, persuadé que l’ayahuasca n’aurait aucun effet sur moi. Mais à présent, le bruit du torrent impétueux inondait mon cerveau. Mes mâchoires commençaient à s’engourdir. L’engourdissement gagna mes tempes.Au-dessus de ma tête, les traits de lumière devinrent plus brillants. Ils s’entrelacèrent, jusqu’à former une voûte semblable à la mosaïque géométrique d’un vitrail. Un camaïeu de violet éclatant forma au-dessus de moi un toit qui ne cessait de s’étendre. Au coeur de cette caverne céleste, le bruit de l’eau devint de plus en plus fort, et je percus de pâles figures se mouvant comme des ombres.
Comme si mes yeux s’accoutumaient aux ténèbres, cette scène mouvante se transforma en une sorte de foire, en un carnaval surnaturel de démons. Au milieu, présidant aux activités, regardant droit dans ma direction, une gigantesque tête de crocodile grimaçait, dont les mâchoires caverneuses laissaient jaillir un flot torrentiel. Lentement, les eaux et la voûte s’élevèrent, jusqu’à ce que la scène se métamorphosa en une simple image divisée en deux: le ciel bleu en haut, la mer en bas. Toutes les créatures s’étaient évanouies.
Alors, d’une position proche de la surface de l’eau, je commençai à apercevoir deux bateaux étranges qui flottaient dans l’air et qui, tout en se balançant d’avant en arrière, se rapprochaient de plus en plus de moi. Alors, lentement, ils se fondirent l’un dans l’autre pour devenir un seul vaisseau, orné à sa proue d’une énorme tête de dragon, un peu comme sur les navires vikings. Au milieu du bateau, se dressait une voile carrée. A mesure que le bateau flottait doucement, en avant, en arrière, au-dessus de moi, j’en vins à entendre un chuintement rythmé. Je me rendis compte qu’il s’agissait du bruit cadencé de centaines de rames qui faisaient avancer une galère géante.
Dans le même temps, je pris conscience du plus beau chant que j’aie entendu de ma vie, aigu, éthéré. Il émanait de myriades de voix à bord de la galère. En examinant plus attentivement le pont du navire, je pus discerner un grand nombre de personnages à tête de geai bleu et corps d’être humain, semblables aux dieux à tête d’oiseau figurant sur les peintures anciennes des tombes égyptiennes. Dans le même temps, une sorte d’essence-énergie commenca à sortir de ma poitrine et à flotter vers le navire. Moi qui me croyais un athée, j’éprouvai à cet instant la certitude absolue que j’étais en train de mourir et que les personnages à tête d’oiseaux étaient venus afin d’emporter mon âme sur leur navire.
Alors que les flots de mon âme continuaient à me sortir de la poitrine, je sentais que mes bras et mes jambes s’engourdissaient et que mon corps se transformait en béton. Je ne pouvais plus ni bouger ni parler. Lorsque l’engourdissement commença à gagner ma poitrine et mon coeur, j’essayai d’ordonner à ma bouche d’appeler à l’aide, de demander aux Indiens de me donner un antidote. Mais j’eus beau essayer, je ne parvins pas à rassembler suffisamment de forces pour prononcer un seul mot. Simultanément, il me sembla que mon abdomen se transformait en pierre, et je dus faire des efforts démesurés pour que mon coeur continue à battre. Je me mis à parler à mon coeur, à l’appeler “mon ami”, “mon ami le plus cher”, et, de toute l’énergie qui me restait, à l’encourager de continuer à battre.
Je pris conscience de mon cerveau. Je sentais - physiquement - qu’il avait été divisé en quatre niveaux distincts. Sur le niveau élevé, la plus proche de la surface, se trouvait l’observateur-commandant, conscient de la condition de mon corps et responsable de la tentative de continuer à faire battre mon coeur. Ce niveau percevait, en tant que spectateur uniquement, les visions émanant de ce qui semblait être les niveaux inférieurs de mon cerveau. Juste au-dessous du niveau le plus élevé, je sentais une couche engourdie, qui paraissait avoir été mise hors service par la drogue; elle était tout simplement absente. Mes visions, y compris mes visions du bateau aux âmes, émanaient du niveau juste en dessous de celui-là.
Oui, à ce moment-là, j’étais pratiquement certain de mourir. Mais alors que j’essayai de me faire à cette idée, un niveau de mon cerveau encore plus profond commença à me transmettre d’autres visions, d’autres informations. J’entendis que l’on me “disait” que je pouvais recevoir ces révélations sans risque de les trahir puisque j’étais en train de mourir. J’entendis que l’on me “disait” que ces secrets étaient réservés aux mourants et aux morts. Je percevais très confusément que ces pensées m’étaient inspirées par des créatures reptiliennes géantes reposant mollement sur les couches les plus profondes de mon cerveau, là où ce dernier rejoint le sommet de la colonne vertébrale.
Je discernais vaguement ces créatures au coeur de gouffres lugubres et ténébreux. Elles projetèrent alors une scène devant mes yeux. Elles commencèrent par me montrer la planète Terre telle qu’elle était il y a une éternité, avant que n’y apparaisse la vie. Je vis un océan, une terre aride, et un ciel bleu lumineux.
Puis, par centaines, des grains noirs se mirent à tomber du ciel sur le paysage désolé en face de moi. Je vis alors que ces “grains” étaient en réalité de grandes créatures noires et brillantes aux larges ailes de ptérodactyle et au corps de baleine. Je ne pouvais voir leur gueule. Elles s’affalèrent, épuisées par leur voyage, reposant pour une éternité. Elles m’expliquèrent en une sorte de langage mental qu’elles fuyaient quelque chose situé loin dans l’espace. Qu’elles étaient venues sur Terre pour échapper à leur ennemi.
Elles me montrèrent de quelle manière elles avaient créé la vie sur la planète afin de se cacher au sein de formes multiples et dissimuler ainsi leur présence. Devant moi, la magnificence de la création et de la différenciation des animaux et des plantes en espèces - le résultat de centaines de millions d’années d’activité - s’imposa avec une force et un éclat impossibles à décrire. J’appris que les créatures-dragons résidaient à l’intérieur de toutes les formes de vie, homme y compris. Je dirais en rétrospective qu’elles étaient presque comme de l’ADN, mais en ce temps-là, en 1961, je ne savais rien de l’ADN.
Elles étaient les vraies maîtresses de l’humanité et de la planète, m’expliquèrent-elles. Nous autres humains n’étions que leurs réceptacles et leurs serviteurs. C’est pourquoi elles pouvaient me parler de l’intérieur de moi-même.
Ces révélations, jaillissant des profondeurs de mon esprit, alternaient avec les visions de la galère dont l’équipage à tête de geai bleu avait presque fini de hisser mon âme à bord. Le bateau s’éloignait peu à peu vers un large fjord flanqué de collines arides et usées, entraînant ma force vitale. Je savais qu’il ne me restait qu’un instant à vivre. Etrangement, les hommes à tête d’oiseau ne me faisaient pas peur; je n’avais pas d’objection à ce qu’ils prennent mon âme, s’ils étaient capables de la garder. Mais je craignais que d’une façon ou d’une autre, mon âme ne pût demeurer sur le plan horizontal du fjord, mais que, par un processus inconnu, mais pressenti et redoutable, elle fût capturée ou recapturée par les dragons habitant les profondeurs. 
 
J’appelai mon coeur
“mon ami le plus cher”
et le suppliai de
continuer à battre  
 
Je ressentis brusquement ce qui faisait mon humanité, le contraste entre mon espèce et nos lointains ancêtres reptiliens. Je commençai à me battre pour ne pas retourner chez eux; je les ressentais de plus en plus comme étrangers, et peut-être malfaisants. Chaque battement de mon coeur représentait pour moi un effort énorme. Je cherchai une aide humaine.Au prix d’un effort inimaginable et ultime, je parvins à murmurer aux Indiens un mot: “médicament”. Je les vis se précipiter pour préparer un antidote, mais savais qu’ils n’y parviendraient pas à temps. J’avais besoin d’un gardien capable de défaire les dragons et essayai frénétiquement de faire surgir un être puissant qui me protège des créatures reptiliennes étrangères. Un tel être apparut devant moi; c’est le moment où les Indiens ouvrirent ma bouche de force et me contraignirent à boire l’antidote. Progressivement, les dragons retournèrent dans leurs profondeurs; le navire des âmes et le fjord s’étaient évanouis. Je me détendis, soulagé.
L’antidote m’apaisa complètement, mais j’eus néanmoins de nombreuses autres visions, d’une nature plus superficielle, maîtrisables et agréables. Je fis à volonté des voyages fabuleux à travers des régions lointaines, aux confins mêmes de la galaxie; je créai d’incroyables architectures; j’utilisai des démons grimaçants et sardoniques pour réaliser des fantasmes. Souvent, je me surpris à rire de l’incongruité de mes aventures.
Enfin, je m’endormis.
Lorsque je me réveillai, les rayons du soleil perçaient le toit de palme au-dessus de moi. J’étais toujours allongé sur la plate-forme de bambou, et entendais les bruits usuels du matin: les Indiens parlant entre eux, des bébés en pleurs, un coq qui chantait. Je fus surpris de me découvrir revigoré et paisible. Alors que je reposais là, contemplant le magnifique réseau tissé du toit, les souvenirs de la nuit précédente dérivèrent à travers mon esprit. Cessant momentanément de solliciter ma mémoire, j’allai chercher un magnétophone dans mon sac marin. Comme je fouillais dans le sac, plusieurs Indiens me saluèrent en souriant. Une vieille femme, l’épouse de Tomás, me donna comme déjeûner un bol de soupe de poisson et de plantain. Le goût en était extraordinaire. Puis je retournai sur la plate-forme, impatient d’enregistrer mes expériences de la nuit avant d’oublier l’un ou l’autre détail.
Le travail de remémoration fut aisé, sauf pour une période de la transe que je n’arrivais pas à me rappeler: elle restait vide, comme si la bande avait été effacée. Je luttai des heures pour me souvenir de ce qui s’était produit durant cette partie de l’expérience; je dus littéralement extraire cette évocation de force des profondeurs de ma conscience. Ce dont j’avais tant de peine à me souvenir, c’étaient les révélations que m’avaient faites les créatures à forme de dragon, sur leur rôle dans l’évolution de la vie sur cette planète et sur leur contrôle inné de toute matière vivante, homme compris. La remémoration de cet épisode me mit dans un état de grande excitation, et je ne pus m’empêcher de ressentir que je n’aurais peut-être pas dû le rapporter des régions inférieures de mon esprit.
J’éprouvais même une sentiment étrange de crainte pour ma sécurité, puisque je possédais à présent un secret dont les créatures m’avaient indiqué qu’il était réservé aux mourants. Je décidai sur-le-champ de partager cette connaissance avec d’autres afin que le “secret” ne réside pas chez moi seul et éviter que ma vie soit mise en péril. Je fixai mon moteur hors-bord sur une pirogue et partit pour une mission évangélique américaine proche du village, où j’arrivai vers midi. 
 
Athée complet, j’eus
en vérité, et sans le savoir,
les mêmes visions que
Jean dans l’Apocalypse…  
 
Le couple qui tenait la mission, Bob et Millie, accueillants, pleins d’humour, compatissants, sortait du lot des évangélistes ordinairement envoyés par les Etats-Unis. Je leur racontai mon histoire. Lorsque j’en vins à la description du reptile de la gueule duquel jaillissaient des flots, ils échangèrent un regard, prirent leur Bible et me lurent le verset suivant, extrait du chapitre XII de l’Apocalypse:Alors le serpent vomit comme un fleuve d’eau.
Ils m’expliquèrent que dans la Bible le mot “serpent” était un synonyme des mots “dragon” et “Satan”. Je continuai mon récit. Lorsque j’en arrivai aux créatures à forme de dragon fuyant des ennemis situés au-delà de la Terre et atterrissant sur notre planète pour s’y cacher, Bob et Millie, surexcités, me lurent à nouveau un extrait du même passage de l’Apocalypse:
Il y eut alors un combat dans le ciel: Michaël et ses anges combattirent contre le dragon. Et le dragon lui aussi combattait avec ses anges, mais il n’eut pas le dessus; il ne se trouva plus de place pour eux dans le ciel. Il fut précipité le grand dragon, celui qu’on nomme Diable et Satan, le séducteur du monde entier, il fut précipité sur la terre et ses anges avec lui.
J’écoutais avec surprise et émerveillement. Les deux missionnaires semblaient impressionnés, quant à eux, par le fait qu’un breuvage de “sorciers” ait apparemment pu révéler certains éléments sacrés de l’Apocalypse. Lorsque j’eus terminé mon récit, je me sentis soulagé d’avoir partagé ma nouvelle connaissance, mais j’étais aussi épuisé. Je m’endormis sur le lit des missionnaires, les laissant poursuivre leur conversation à propos de mon expérience.
Ce soir-là, alors que je retournais au village, ma tête commença à battre au même rythme que le bruit du hors-bord; je pensai que je devenais fou; je dus me boucher les oreilles pour que cette impression cesse. Je dormis bien, mais le lendemain matin, remarquai un engourdissement, une sorte de pression dans ma tête.
J’étais à présent pressé de solliciter l’opinion professionnelle de l’Indien le plus informé de ces choses surnaturelles, un chamane aveugle qui, à l’aide de l’ayahuasca, avait fait maintes incursions dans le monde des esprits. Il me semblait judicieux qu’un aveugle fût mon guide au pays des ténèbres.
Je me rendis dans sa hutte et, à l’aide de mes notes, lui décrivis mes visions point par point. Au début, je lui parlai seulement des moments les plus spectaculaires; en évoquant les créatures à forme de dragon, j’omis donc de lui dire qu’elles arrivaient de l’espace et expliquai seulement: “C’étaient des animaux noirs géants, quelque chose comme de grandes chauves-souris, plus longues que la longueur de cette maison. Ils disaient être les vrais maîtres du monde.” En conibo, il n’y a pas de mot pour dragon; “chauve-souris géante” me semblait être l’image la plus précise pour décrire ce que j’avais vu.
Le chamane leva vers moi ses yeux aveugles et dit avec un sourire narquois: “Oh, ils disent toujours ça. Mais ils sont seulement les Maîtres des Ténèbres Extérieures.” Désinvolte, il désigna le ciel de la main. Je sentis un frisson monter dans ma colonne vertébrale: je ne lui avais pas encore dit que j’avais vu, dans ma transe, les dragons venir de l’espace intersidéral.
J’étais abasourdi. Ce que j’avais éprouvé était déjà connu de cet aveugle aux pieds nus, qui l’avait découvert en explorant le même monde où je venais de m’aventurer. C’est à ce moment que je décidai d’apprendre tout ce qu’il me serait possible d’apprendre sur le chamanisme.
© 1982 Albin Michel.
Bibliographie
* Cet article est paru dans Le Temps stratégique, No 73, décembre 1996. 
 

Il est facile de vivre les yeux fermés en interprétant de travers tout ce que l’on voit … John Lennon

 

La domestication

 

 L’image de perfection 

Les accords les plus importants sont ceux que vous avez passés avec vous-mêmes. Au moyen de ces accords, vous vous dites qui vous êtes, ce que vous sentez, ce que vous croyez et comment vous comporter. 

L’idée que l’on se fait de la perfection est la raison du rejet de soi-même ; c’est à cause d’elle que l’on ne s’accepte pas tel que l’on est, ni les autres tels qu’ils sont. 

Naturellement nous jugeons aussi les autres d’après notre idéal de perfection et, bien entendu, ceux-ci déçoivent toujours nos attentes. 

Nous savons que nous ne sommes pas comme nous croyons devoir être, aussi nous sentons-nous faux, frustrés, malhonnêtes. Nous essayons de nous dissimuler en prétendant être qui nous ne sommes pas. Résultat : nous manquons d’authenticité et nous portons des masques sociaux pour éviter que les autres le remarquent. 

Une fois le processus de domestication achevé, il ne s’agit plus d’être comme il faut aux yeux des autres ; désormais nous ne sommes plus comme il faut à nos propres yeux, faute de correspondre à notre propre idéal de perfection. 

Tout ce qui se trouve dans notre livre de la loi est notre vérité, sans l’ombre d’un doute. Tous nos jugements se fondent sur lui, même s’ils vont à l’encontre de notre propre nature intérieure. 

Le juge intérieur utilise ce qu’il y a dans le livre de la loi pour juger tout ce que nous faisons et ne faisons pas, tout ce que nous pensons et ne pensons pas, tout ce que nous ressentons et ne ressentons pas. Tout est soumis à la tyrannie de ce juge. 

La victime subit la réprimande, la culpabilité et la honte. C’est cette partie de nous qui dit « Pauvre de moi, je ne suis pas assez bon, je ne suis pas assez intelligent, je ne suis pas assez beau, je ne mérite pas d’amour ». 

Les accords dérivés de la peur nous font dépenser beaucoup d’énergie, tandis que ceux découlant de l’amour nous aident à conserver cette énergie et même à en avoir davantage. 

Don Miguel Ruiz 

 

La domestication et Les Quatre accords toltèques

La domestication
La souffrance humaine commence avec la domestication. Au cours du processus de domestication, on élabore une image de ce qu’est la perfection afin d’essayer d’être toujours comme il faut. On créé une image de comment on devrait être pour être accepté par tout le monde, mais on ne correspond pas à cette image.
Les 4 accords toltèques
1- Que votre parole soit impeccable
Parlez avec intégrité. Ne dites que ce que vous pensez vraiment. Evitez d’utiliser la parole pour vous exprimer contre vous-même ou pour médire d’autrui. Utilisez la puissance de la parole dans le sens de la vérité et de l’amour.
Les humains sont des créateurs mais notre pouvoir de création est investi dans nos croyances.
La parole vous permet d’exprimer votre pouvoir créateur. C’est par elle que vous manifestez toute chose. Quelle que soit votre façon de parler, votre intention se manifeste par la parole.
2 – Quoiqu’il arrive, n’en faites pas une affaire personnelle
Vous n’êtes pas la cause des actes d’autrui. Ce que les autres disent et font n’est qu’une projection de leur propre réalité, de leur propre rêve. Lorsque vous êtes immunisé contre les opinions et les actes d’autrui, vous n’êtes plus la victime de souffrances inutiles.
Chacun vit dans son propre rêve, dans sa propre tête, chacun est dans un monde totalement différent de celui dans lequel vous vivez. Même lorsqu’une situation paraît très personnelle, même lorsque vous vous faites insulter, cela n’a rien à voir avec vous.
3 – Ne faites pas de suppositions
Ayez le courage de poser des questions et d’exprimer ce que vous voulez vraiment. Communiquez aussi clairement que possible avec les autres afin d’éviter les malentendus, la tristesse et les drames. Avec ce seul accord, vous pouvez complètement transformer votre vie.
Nous avons tendance à faire des suppositions à propos de tout. Le problème est que nous croyons ensuite qu’elles sont vraies. Nous faisons des suppositions quant aux raisons d’agir d’autrui, nous les interprétons de travers, nous en faisons une affaire personnelle et nous finissons par créer tout un drame pour rien du tout.
4 – Faites toujours de votre mieux
Votre « mieux » change à chaque instant ; il n’est pas le même selon que vous êtes en bonne santé ou malade. Quelles que soient les circonstances, faites simplement de votre mieux et vous éviterez ainsi de vous juger ultérieurement, de vous maltraiter et d’avoir des regrets.
Selon votre humeur, votre mieux peut changer d’un instant à l’autre, d’une heure à la suivante, d’un jour au lendemain. Il évoluera aussi au fil du temps. Lorsque vous prendrez l’habitude de mettre en pratique ce nouvel accord, votre mieux deviendra encore meilleur qu’il n’était.
Don Miguel Ruiz

Dans La série « chamanisme », Don Miguel Ruiz

“Les quatre accords toltèques” (La voie de la liberté personnelle)
Don Miguel Ruiz 

Les Toltèques 

Il y a des milliers d’années, à travers tout le Sud du Mexique, les Toltèques étaient connus comme des « femmes et hommes de connaissance ». Les anthropologues les ont décrits comme une nation ou une race, mais en réalité c’était des scientifiques et des artistes formant une société vouée à explorer et préserver la connaissance spirituelle et les pratiques des anciens. Maîtres (naguals) et étudiants se réunissaient à Teotihuacan, l’ancienne cité des pyramides située au-delà de Mexico City, connue comme le lieu où
« l’Homme devient Dieu »

Au fil des millénaires, les naguals ont été contraints de dissimuler la sagesse ancestrale et de la préserver dans l’ombre. La conquête européenne, couplée à l’abus de pouvoir personnel de quelques apprentis, rendit nécessaire de protéger la connaissance de ceux qui n’étaient pas préparés à l’utiliser avec discernement ou qui risquaient d’en user de manière abusive, à des fins personnelles. 

Fort heureusement, la connaissance ésotérique des Toltèques s’est transmise et incarnée au fil des générations à travers diverses lignées de naguals. Bien qu’elle soit restée dans le secret durant des centaines d’années, les prophéties anciennes avaient annoncé la venue d’un âge au cours duquel il serait nécessaire de redonner la sagesse au peuple. Aujourd’hui, don Miguel Ruiz, nagual de la lignée des Chevaliers de l’Aigle, a été instruit pour partager avec nous les puissants enseignements des Toltèques. 

La connaissance toltèque émerge de la même unité de vérité que les traditions ésotériques du monde entier. Bien qu’elle ne soit pas une religion, elle honore tous les maîtres spirituels qui ont enseigné sur terre. Bien qu’elle comprenne une dimension spirituelle, elle est plus justement décrite comme étant un mode de vie qui se distingue par la facilité d’accès au bonheur et à l’amour qu’elle procure. 

Le processus de domestication et
le Rêve de la planète 

Ce que vous voyez et entendez en ce moment précis n’est qu’un rêve. Vous rêvez à l’instant même, le cerveau éveillé. 

Rêver est la fonction principale de notre esprit qui fait cela vingt-quatre heures par jour. Il rêve lorsque le cerveau est éveillé et également lorsque ce dernier dort. La différence c’est que, durant l’état de veille, le cadre de référence matériel nous fait percevoir les choses de façon linéaire. Lorsque nous nous endormons, nous n’avons plus ce cadre de référence, aussi le rêve a-t-il tendance à changer constamment. 

Les humains rêvent en permanence. Avant notre naissance, les humains nous précédant ont créé un grand rêve extérieur que l’on appelle le rêve de la société ou le rêve de la planète. Le rêve de la planète est le rêve collectif résultant des milliards de rêves personnels plus petits qui, ensemble, forment le rêve d’une famille, le rêve d’une communauté, le rêve d’une ville, le rêve d’un pays, et finalement le rêve de toute l’humanité. Le rêve de la planète comprend toutes les règles de la société, ses croyances, ses lois, ses religions, ses différentes cultures et modes de vie, ses gouvernements, ses écoles, ses événements sociaux, et ses jours fériés. 

Nous naissons avec la capacité d’apprendre comment rêver, et les humains qui nous précèdent nous apprennent à le faire de la façon dont rêve la société. Le rêve de la planète a tellement de règles que lorsqu’un nouvel être humain naît, on capte son attention et on introduit ces règles dans son esprit. Le rêve de la planète se sert de papa et maman, des écoles et de la religion pour nous enseigner comment rêver. 

L’attention est la capacité à être sélectif et à se concentrer exclusivement sur ce que l’on veut percevoir. Nous sommes capables de percevoir des millions de choses simultanément, mais en utilisant notre attention, nous pouvons maintenir ce que nous voulons au premier plan de notre conscience. Les adultes qui nous entouraient, lorsque nous étions enfant, ont donc capté notre attention et introduit des informations dans nos esprits par la répétition. C’est ainsi que nous avons appris tout ce que nous savons. 

En nous servant de notre attention, nous avons assimilé toute une réalité, tout un rêve. Nous avons appris comment nous comporter en société : que croire et ne pas croire ; ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas ; ce qui est bon et ce qui est mauvais ; ce qui est beau et ce qui est laid ; ce qui est juste et ce qui est faux. Tout était déjà là : toute cette connaissance, toutes ces règles, tous ces concepts concernant la façon de se comporter dans le monde existaient avant notre naissance. 

Lorsque vous alliez à l’école, vous étiez assis sur une petite chaise et votre attention se portait sur ce que le professeur vous enseignait. Lorsque vous alliez à l’église, votre attention se concentrait sur ce que le prêtre ou le pasteur vous disait. La même chose se produisait avec papa et maman, vos frères et sœurs. Tous s’efforçaient de capter votre attention. 

Nous avons également appris à capter l’attention des autres, et développé un besoin d’attention qui est devenu très compétitif. Les enfants se disputent toujours l’attention de leurs parents, de leurs professeurs, de leurs amis : « Regardez-moi ! Regardez ce que je suis en train de faire ! Hé oh, je suis là. » Le besoin d’attention devient ainsi de plus en plus fort et se perpétue à l’âge adulte. 

Le rêve de la planète capte notre attention et nous enseigne ce que l’on doit croire, à commencer par la langue que nous parlons. Le langage est le code de compréhension et de communication entre êtres humains. Chaque lettre, chaque mot de chaque langue représente un point sur lequel on s’est mis d’accord. On dit que ceci est une page dans un livre ; le mot page est un terme sur lequel on s’est mis d’accord. Une fois que l’on comprend le code, l’attention est captée et il y a transfert d’énergie d’une personne à l’autre. 

Vous n’avez pas choisi de parler français. Vous n’avez pas choisi votre religion ni vos valeurs morales : elles étaient déjà là avant que vous ne soyez né. Nous n’avons jamais eu l’occasion de choisir ce que nous croyons ou non. Nous n’avons pas choisi la plus infime des choses à laquelle nous avons donné notre accord. Nous n’avons même pas choisi notre nom. 

Enfants, nous n’avons pas eu la possibilité de choisir nos croyances, mais nous avons donné notre accord à l’information qui nous était transmise sur le rêve de la planète. La seule façon de conserver de l’information, c’est d’être d’accord avec elle. Le rêve de la planète peut capter notre attention, mais si nous ne sommes pas d’accord, nous ne retenons pas cette information. Du moment que nous sommes d’accord, nous croyons : c’est ce que l’on appelle la foi. Avoir la foi signifie croire sans conditions. 

Voilà comment on apprend quand on est enfant. Nous croyons tout ce que les adultes nous disent. Nous sommes d’accord avec eux, et notre foi est si forte que le système de croyance contrôle tout le rêve de notre vie. Nous n’avons pas choisi ces croyances, et nous pouvons même nous rebeller contre elles, mais nous ne sommes pas assez fort pour réussir cette rébellion. Il en résulte une soumission aux croyances, avec notre accord

J’appelle cela le processus de domestication des humains. Grâce à cette domestication on apprend comment vivre et comment rêver. Au cours de notre domestication, l’information du rêve de la planète est transmise à notre rêve interne et construit tout notre système de croyances. Enfant, on nous apprend d’abord le nom des choses : maman, papa, lait, bouteille. Jour après jour, à la maison, à l’école, à l’église et par la télévision, on nous dit comment vivre, quels sont les comportements acceptables. Le rêve de la planète nous enseigne comment être des humains. Nous avons un concept de ce qu’est la « femme » et un de ce qu’est l’ « homme ». Et nous apprenons aussi à juger : nous nous jugeons nous-mêmes, nous jugeons les autres, les voisins. 

Les enfants sont domestiqués comme les chiens, les chats, ou tout autre animal. Pour instruire un chien, on le punit et on le récompense. De manière analogue, nous formons nos enfants, que nous aimons tant, exactement comme on dresserait un animal domestique : par un système de punitions et de récompenses. 

Enfant, on nous disait : « Tu es un gentil garçon » ou « Tu es une gentille fille » lorsque nous faisions ce que papa et maman voulaient. Lorsque ce n’était pas le cas, on nous qualifiait de « méchant garçon » ou de « méchante fille »

Chaque fois que nous enfreignions les règles nous étions punis ; lorsque nous les respections, on nous récompensait. On nous punissait plusieurs fois par jour, et nous recevions également plusieurs récompenses quotidiennes. Bientôt nous avons commencé à avoir peur d’être puni ou de ne pas recevoir de récompense, celle-ci consistant à obtenir l’attention de nos parents ou d’autres personnes telles que nos frères et sœurs, professeurs et ami. Nous avons donc eu besoin de capter l’attention des autres pour obtenir cette récompense. Comme elle nous faisait du bien, nous aussi avons continué de faire ce que les autres attendaient de nous pour l’obtenir. Ayant peur d’être puni et peur de ne pas être récompensé, nous nous sommes mis à prétendre être qui nous n’étions pas, juste pour faire plaisir aux autres, juste pour paraître assez bien à leurs yeux. Nous nous efforcions de faire plaisir à papa et maman, nous voulions plaire aux maîtres d’école, plaire à l’église, alors nous avons commencé à jouer des rôles. Nous prétendions être autre que nous n’étions, par peur d’être rejetés. Cette peur est ensuite devenue celle de ne pas être comme il faut, assez bon. Au bout du compte nous sommes devenus quelqu’un d’autre que nous-mêmes : des copies des croyances de maman, des croyances de papa, des croyances de la société et de la religion. 

Toutes nos tendances naturelles se sont perdues au cours de ce processus de domestication. Et lorsque nous avons été assez âgés pour commencer à comprendre, nous avons appris le mot non. Les adultes disaient : « Ne fais pas ceci, ne fais pas cela. » Alors nous nous rebellions et disions « non ! » pour défendre notre liberté. Nous voulions être nous-mêmes, mais nous étions trop petits, et les adultes étaient grands et forts. Au bout de quelques temps nous avons commencé à vivre dans la peur car nous savions que chaque fois que nous ferions quelque chose de faux, nous serions punis. 

La domestication est si forte, qu’arrivés à un certain point de notre vie, nous n’avons plus besoin de personne pour nous domestiquer : ni papa et maman, ni l’école ou l’église. Nous sommes si bien dressés que nous devenons nos propres dresseurs. Nous sommes des animaux auto-domestiqués. Nous pouvons désormais nous domestiquer nous-mêmes selon le même système de croyance que l’on nous a inculqué, en utilisant le même processus de punition et de récompense. Nous nous punissons lorsque nous ne respectons pas les règles de notre système de croyances ; nous nous récompensons lorsque nous sommes un « gentil garçon » ou une « gentille fille »

Ce système de croyances est comme un Livre de la Loi qui dirige notre esprit. Tout ce qui se trouve dans ce Livre de la Loi est notre vérité, sans l’ombre d’un doute. Tous nos jugements se fondent sur lui, même s’ils vont à l’encontre de notre propre nature intérieure. Même des lois morales telles que les Dix Commandements sont inscrites dans notre psychisme au cours du processus de domestication. Un par un, tous les accords que nous concluons s’ajoutent au Livre de la Loi puis dirigent notre vie. 

Une part de notre esprit juge toute chose et chacun, y compris le temps, le chien, le chat : tout. Ce Juge intérieur utilise ce qu’il y a dans le Livre de la Loi pour juger tout ce que nous faisons et ne faisons pas, tout ce que nous pensons et ne pensons pas, toute ce que nous ressentons et ne ressentons pas. Tout est soumis à la tyrannie de ce Juge. Chaque fois que nous faisons quelque chose de contraire au Livre de la Loi, le Juge nous déclare coupable, nous devons être punis et avoir honte. Cela se produit plusieurs fois par jour, jour après jour, durant toutes les années de notre vie. 

Une autre part de nous-mêmes reçoit ces jugements : on l’appelle la Victime. La Victime subit la réprimande, la culpabilité et la honte. C’est cette partie qui nous dit : « Pauvre de moi, je ne suis pas assez bon, je ne suis pas assez intelligent, je ne suis pas assez beau, je ne mérite pas d’amour, pauvre de moi. » Le Juge est d’accord et dit : « Oui, tu n’es pas assez bon. » Et tout cela découle d’un système de croyances auquel nous n’avons jamais choisi de croire. Ces croyances sont d’ailleurs si fortes que même des années plus tard, lorsqu’on découvre de nouveaux concepts et qu’on essaye de prendre ses propres décisions, on réalise qu’elles contrôlent toujours notre vie. 

Tout ce qui va à l’encontre du Livre de la Loi vous fait ressentir une drôle de sensation dans le plexus solaire, que l’on appelle la peur. Contrevenir aux règles du Livre de la Loi rouvre vos plaies et votre réaction est de produire du poison émotionnel. Puisque tout ce qu’il y a dans le Livre de la Loi doit être vrai, tout ce qui remet en question vos croyances provoque un sentiment d’insécurité. Même si le Livre de la Loi est faux, il vous donne un sentiment de sécurité. 

Voilà pourquoi il faut beaucoup de courage pour remettre en question ses propres croyances. Car même si on ne les a pas choisies, il est néanmoins vrai qu’on leur a donné notre accord. Celui-ci est si fort que même en comprenant, dans le principe, que ces croyances ne sont pas vraies, à chaque enfreinte aux règles on subit quand même la critique, la culpabilité et la honte. 

Tout comme le gouvernement possède un livre de lois qui contrôle le rêve de la société, notre système de croyances est le Livre de Lois qui dirige notre rêve personnel. Toutes ces lois existent dans notre tête, nous les croyons, et notre Juge intérieur fonde tout ce qu’il dit sur elles. Le Juge décrète et la Victime subit la culpabilité et la punition. 

Mais qui dit que la justice est présente dans ce rêve ? 

La vraie justice consiste à ne payer qu’une seule fois pour chaque erreur. La vraie injustice consiste à payer plus d’une fois pour chacune. 

Combien de fois paie-t-on pour une seule erreur ? 

Réponse : des milliers. 

L’être humain est le seul animal sur terre qui paie des milliers de fois pour chacune de ses erreurs. Tous les autres animaux ne paient qu’une seule fois pour les erreurs qu’ils commettent. Mais pas nous. Nous avons une puissante mémoire. Nous commettons une erreur, nous nous jugeons, nous nous déclarons coupables et nous nous punissons. Si la justice existait, cela suffirait ; on n’aurait pas à reproduire ce processus. Mais chaque fois que nous y repensons, nous nous jugeons à nouveau, puis encore une fois, et ainsi de suite. Si on a un mari ou une femme, il ou elle nous rappelle aussi notre erreur, afin que l’on puisse de nouveau se juger, de nouveau se punir et de nouveau se déclarer coupable. Est-ce juste ? 

Combien de fois fait-on payer la même erreur à son conjoint, à ses enfants, ou à ses parents ? Chaque fois qu’on s’en souvient, on les juge à nouveau, on leur transmet tout le poison émotionnel que nous fait ressentir cette injustice, puis on les fait à nouveau payer pour leur erreur. 

Est-là de la justice ? 

Le Juge a tort parce que le système de croyances, le Livre de la Loi, est faux. Le rêve tout entier se fonde sur une loi fausse. Quatre-vingt-quinze pour cent des croyances que nous avons gravées dans notre mémoire ne sont que des mensonges, et nous souffrons de croire ces mensonges. 

Dans le rêve de la planète, il semble normal que les humains souffrent, qu’ils vivent dans la peur et provoquent des drames émotionnels. Ce rêve n’est pas agréable ; c’est un rêve de violence, de peur, de guerre, un rêve d’injustice. Quant aux rêves personnels des humains, même s’ils présentent quelques variations, de manière générale ce sont des cauchemars. 

Si l’on regarde la société humaine, on constate que la raison pour laquelle il est si difficile d’y vivre est qu’elle est régie par la peur. Aux quatre coins de la planète on voit de la souffrance humaine, de la colère, un esprit de revanche, des toxicomanies, de la violence dans la rue, et une incroyable injustice. Présente à des niveaux différents dans chaque pays, la peur contrôle tout le rêve de la planète. 

Si l’on compare le rêve de la société humaine avec la description de l’enfer que les religions du monde entier ont promulguée, on constate que les deux sont identiques. Les religions disent que l’enfer est un lieu de punition, de peur, de douleur et de souffrance, un lieu où le feu vous brûle. Le feu résulte des émotions nées de la peur. Chaque fois que l’on ressent de la colère, de la jalousie, de l’envie, ou de la haine, on sent un feu qui brûle en soi. On vit dans un rêve d’enfer. 

Si vous considérez l’enfer comme un état d’esprit, alors il est présent partout autour de nous. Certains disent que si nous ne faisons pas ce qu’ils nous commandent, nous irons en enfer. Pas de chance : nous y sommes déjà, et ces personnes aussi ! Aucun être humain ne peut condamner un autre à l’enfer, parce que nous y sommes tous déjà. Les autres peuvent nous plonger dans un enfer plus profond, c’est vrai. Mais seulement si nous y consentons. 

Chaque être humain a son propre rêve personnel et, comme celui de la société, il est généralement régi par la peur. On apprend à rêver l’enfer dans sa propre existence, dans son rêve personnel. Les mêmes peurs se manifestent de façon différente chez chacun, bien entendu, mais nous ressentons tous de la colère, de la jalousie, de la haine, de l’envie, et d’autres émotions négatives. Notre rêve personnel peut aussi devenir un cauchemar perpétuel dans lequel nous souffrons et vivons dans un état de peur permanent. Mais il n’est pas indispensable de faire des cauchemars. Il est possible d’avoir de beaux rêves. 

Toute l’humanité est à la recherche de la vérité, de la justice et de la beauté. Nous sommes constamment en quête de vérité parce que nous ne croyons qu’aux mensonges gravés dans notre esprit. Nous recherchons la justice parce qu’il n’y en pas dans notre système de croyance. Nous recherchons la beauté parce que, peu importe le degré de beauté d’une personne, nous ne croyons pas qu’elle soit belle. Nous ne cessons de chercher et chercher, alors que tout est déjà en nous. Il n’y a aucune vérité à trouver. Où que nous regardions, tout ce que nous voyons est la vérité, mais les accords que nous avons conclus et les croyances que nous entretenons nous privent d’yeux pour la voir. 

Nous ne voyons pas la vérité parce que nous sommes aveugles, en raison des fausses croyances encombrant notre esprit. Nous avons besoin d’avoir raison et de donner tort aux autres. Nous avons confiance en nos croyances et celles-ci nous condamnent à souffrir. C’est comme si vous viviez au beau milieu d’un brouillard, ne vous permettant pas de voir plus loin que le bout de votre nez, un brouillard qui n’est même pas réel, qui n’est qu’un rêve, votre rêve de vie personnel, ce que vous croyez, tous les concepts concernant qui vous êtes, tous les accords que vous avez passés avec autrui, avec vous-même et même avec Dieu. 

Votre esprit tout entier est un brouillard que les Toltèques appellent un mitote (prononcez mi-to-té). Votre esprit est un rêve dans lequel des milliers de personnes parlent en même temps, et personne ne comprend personne. Telle est la condition de l’esprit humain : un grand mitote, à cause duquel il vous est impossible de voir qui vous êtes vraiment. En Inde, on appelle le mitote « maya », ce qui signifie « illusion ». C’est l’idée que se fait la personnalité du « Je suis ». Tout ce que vous croyez à propos de vous-même et du monde, tous les concepts et les programmes que vous avez en tête, tout cela est le mitote. Nous ne pouvons voir qui nous sommes vraiment, ni même que nous ne sommes pas libres. 

C’est pour cela que les humains résistent à la vie. Être vivant est leur plus grande peur. Ce n’est pas la mort, mais le risque d’être vivant et d’exprimer qui l’on est vraiment qui suscite la peur la plus importante. Être simplement soi-même, voilà ce que l’on redoute le plus. Nous avons appris à vivre en nous efforçant de satisfaire les besoins d’autrui, à vivre en fonction du point de vue des autres, de peur de ne pas être accepté et de ne pas être assez bien à leurs yeux. 

Au cours du processus de domestication, on élabore une image de ce qu’est la perfection afin d’essayer d’être toujours comme il faut. On crée une image de comment l’on devrait être pour être accepté par tout le monde. En particulier, on s’efforce de plaire à ceux qui nous aiment, comme papa et maman, nos grands frères et sœurs, le prêtre et nos professeurs. En essayant d’être comme il faut à leurs yeux, on construit cette image de perfection à laquelle il est impossible de se conformer. Nous avons créé cette image, mais elle n’est pas réelle. Nous ne serons donc jamais parfaits, de ce point de vue là. Jamais ! 

N’étant pas parfait, nous nous rejetons. Le degré de rejet de soi dépend de l’efficacité avec laquelle les adultes ont réussi à détruire notre intégrité. En effet, une fois le processus de domestication achevé, il ne s’agit plus d’être comme il faut aux yeux des autres ; désormais, nous ne sommes pas comme il faut pour nous-mêmes, faute de correspondre à notre propre idée de la perfection. Nous sommes incapables de nous pardonner de ne pas être tel que nous le souhaitons, ou plutôt tel que nous croyons devoir être. Nous ne nous pardonnons pas de n’être pas parfaits. 

Nous savons que nous ne sommes pas comme nous croyons devoir être, aussi nous sentons-nous faux, frustrés, malhonnêtes. Nous essayons de nous dissimuler, en prétendant être qui nous ne sommes pas. Résultat : nous manquons d’authenticité et nous portons des masques sociaux pour éviter que les autres le remarquent. Nous avons une telle peur qu’on découvre que nous ne sommes pas qui nous prétendons être. Naturellement, nous jugeons aussi les autres d’après notre idée de la perfection, et bien entendu ceux-ci déçoivent toujours nos attentes. 

Nous allons jusqu’à nous déshonorer, simplement pour plaire à autrui. Parfois certains abîment même leur corps pour être acceptés par les autres. On voit des adolescents prendre de la drogue pour ne pas être rejetés par leurs copains. Ils ne sont pas conscients que leur vrai problème est de ne pas s’accepter. Ils se rejettent eux-mêmes faute d’être ce qu’ils prétendent être. Ils souhaiteraient être comme ceci ou comme cela mais, puisque ce n’est pas le cas, ils se culpabilisent et ont honte. 

Les humains se punissent indéfiniment, à défaut d’être ce qu’ils croient être. Ils se maltraitent constamment, et se servent aussi des autres pour se faire du mal. Mais personne ne nous maltraite plus que nous-mêmes, car ce sont le Juge, la Victime et le système de croyances qui nous poussent à agir ainsi. Bien sûr, des gens diront que leur mari ou leur femme, leur père ou leur mère, leur ont infligé des mauvais traitements, mais vous savez comme moi que nous nous auto-maltraitons encore plus. La manière dont on se juge est la plus sévère qui soit. Lorsqu’on commet une erreur en présence d’autrui, on essaye de la cacher ou de la nier. Mais dès qu’on se retrouve seul, le Juge devient si puissant, la culpabilité si forte, que l’on se sent stupide, mauvais ou dénué de valeur. 

Au cours de toute votre existence, personne ne vous a jamais davantage maltraité que vous-même. Et les limites que vous mettez à vos propres mauvais traitements envers vous-même sont exactement celles que vous tolérerez de la part d’autrui. Si quelqu’un vous maltraite un peu plus que vous-même, sans doute le fuirez-vous. Mis s’il le fait un peu moins que vous-même, vous continuerez probablement cette relation et tolérerez cette situation indéfiniment. 

Si vous vous maltraitez terriblement, vous pouvez même supporter quelqu’un qui vous bat, qui vous humilie et vous traite comme moins que rien. Pourquoi ? Parce que, dans votre système de croyance, vous vous dites : « Je le mérite. Cette personne me fait une faveur d’être avec moi. Je ne suis pas digne d’amour et de respect. Je ne suis pas assez bon(ne). » 

On a besoin d’être accepté et aimé par autrui, mais on est incapable de s’accepter et de s’aimer soi-même. Plus on a d’amour-propre, moins on se maltraite. Se maltraiter provient d’un rejet de soi, celui-ci résultant d’une image de la perfection à laquelle il est impossible de se conformer. L’idée qu’on se fait de la perfection est la raison du rejet de soi-même ; c’est à cause d’elle qu’on ne s’accepte pas tel qu’on est, ni les autres tels qu’ils sont. 

Prélude à un nouveau rêve 

Vous avez conclu des milliers d’accords avec vous-même, avec les autres, avec le rêve de votre vie, avec Dieu, avec la société, avec vos parents, votre conjoint, vos enfants. Mais les plus importants sont ceux que vous avez passés avec vous-même. Au moyen de ces accords, vous vous dites qui vous êtes, ce que vous sentez, ce que vous croyez, et comment vous comporter. Le résultat est ce que vous appelez votre personnalité. Dans ces accords, vous dites : « Voilà ce que je suis. Voilà ce que je crois. Il y a des choses que je peux faire, d’autres non. Ceci est la réalité, cela est imaginaire ; ceci est possible, cela impossible. » 

Un seul de ces accords ne pose guère de problèmes, mais nombreux sont ceux qui vous font souffrir et échouer dans la vie. Si vous voulez connaître une existence faite de joie et de plénitude, il vous faut trouver le courage de rompre ceux de vos accords qui sont fondés sur la peur, et revendiquer votre pouvoir personnel. Les accords dérivés de la peur nous font dépenser énormément d’énergie, tandis que ceux découlant de l’amour nous aident à conserver cette énergie et même à en avoir davantage. 

Chacun d’entre nous est né avec une certaine quantité de pouvoir personnel que nous reconstruisons chaque jour en nous reposant. Malheureusement, nous épuisons tout ce pouvoir personnel à conclure nos accords puis à les tenir, de sorte que nous nous sentons impuissants. Nous avons tout juste assez d’énergie pour survivre chaque jour, car presque tout notre pouvoir sert à respecter les accords qui nous maintiennent dans le rêve de la planète. Comment pouvons-nous changer le rêve de notre vie alors que nous n’avons pas le pouvoir de modifier le plus infime de nos accords ? 

Si nous sommes capables de voir que nos accords dirigent notre existence, et si nous n’aimons pas le rêve de notre vie, alors il nous faut changer ces accords. Quand nous serons prêts à le faire, il existe quatre accords toltèques très puissants qui nous aideront à rompre les autres accords issus de la peur qui nous vident de notre énergie. 

Chaque fois que vous rompez un accord, tout le pouvoir que vous avez mis à le créer vous revient. Si vous adoptez ces quatre nouveaux accords toltèques, ils produiront suffisamment de pouvoir personnel pour que vous puissiez changer toute la structure de vos anciens accords. 

Il vous faut une volonté très forte pour adopter ces quatre accords toltèques, mais si vous parvenez à commencer à vivre avec eux, les transformations qui s’opéreront dans votre vie seront étonnantes. Vous verrez le drame de l’enfer disparaître sous vos yeux. Au lieu de vivre dans le cauchemar de l’enfer, vous créerez un nouveau rêve : votre rêve de paradis personnel. 

 

Premier accord toltèque : 

Que votre parole soit impeccable 

 

Deuxième accord toltèque : 

Quoi qu’il arrive, n’en faites pas une affaire personnelle 

 

Troisième accord toltèque : 

Ne faites pas de suppositions 

 

Quatrième accord toltèque : 

Faites toujours de votre mieux 

 


Note perso : je ne suis pas l’auteur de ces lignes mais je les cautionne car ma recherche chamanique est très exactement dirigée vers les buts présentés par les Naguals. 

 

Cat 

 

Rencontres avec le Nagual – Castaneda (suite …)

Une des affirmations de Castaneda était que l’opinion que nous avons à propos de tout transforme notre monde en quelque chose de plus en plus prédictible, jusqu’à ce que visiter d’autres mondes en devienne un conte de fées.
« Pour l’homme moderne, absolument tout ce qui existe tombe automatiquement dans une catégorie déterminée. Nous sommes des machines à étiqueter. Nous classifions le monde et le monde nous classifie. Si un jour vous tuez un chien, vous êtes tueur de chiens pour toute votre vie, même si vous n’en touchez plus jamais un seul. Et ces classifications se transmettent en héritage !
Le plus grand exemple de cette propension absurde à nous classifier est dans ce que les croyants appellent « le péché originel », le péché d’Adam et Eve fait de nous d’éternels pécheurs et nous oblige aussi à nous comporter comme des pécheurs :
« Nous sommes devenus les geôliers perceptifs des autres. La chaîne de la pensée humaine est très puissante. Même nos sentiments les plus profonds sont classifiés et ordonnés, ainsi rien ne peut y échapper. Un exemple est la façon dont nous nous aliénons avec le temps actuel dans lequel nous vivons pour tomber dans la répétition de stéréotypes. Nous avons une collection de jours préfixes : la fête des mères, le jour des morts, la St Valentin, les anniversaires et les mariages – note perso : y compris les anniversaires d’accidents – ce sont comme des pieux auxquels nous amarrons notre vie pour ne pas être perdus et nous allons ainsi de par le monde, retournant à des descriptions comme des bêtes attachés par le cou »

Rencontres avec le Nagual - Castaneda (suite…)

« L’homme moderne s’est rendu prisonnier d’un piège démoniaque composé d’intérêts familiaux, religieux et sociaux. Il travaille huit heures par jour –note perso : ou plus- pour maintenir sa façon de vivre. Ensuite il retourne à la maison où l’attendent son épouse de toujours et ses enfants identiques à des milliards d’autres qui lui demanderont des choses et le contraindront à continuer à traîner ses chaînes jusqu’à ce que ses forces se tarissent et qu’il devienne un objet inutile qui rumine ses mémoires dans un coin de la maison. On lui a dit que c’était ça le bonheur mais il ne se sent pas heureux, il se sent piégé.
Soyez des guerriers et arrêtez ça ! Risquez le tout pour le tout ! Sortez du piège de l’auto contemplation et osez percevoir tout ce qui est humainement possible ! Un guerrier de la connaissance fait un effort pour être authentique et n’accepte aucun compromis parce que l’objet de sa lutte est la liberté totale ! »

Note perso : les situations que nous choisissons de vivre à un instant T de notre vie peuvent nous être nécessaires pour atteindre la connaissance de qui nous sommes, à la condition de ne pas les laisser nous engluer … A condition de ne pas oublier l’objectif poursuivi … de ne pas oublier que nous ne jouons qu’un rôle et ne pas tomber dans le piège de l’identification à l’acteur
 

Rencontres avec le Nagual – Castaneda

Les notions basées sur la pitié sont une imposture ! A force de nous répéter à nous-mêmes les mêmes idées encore et encore, nous avons substitué le véritable intérêt en l’esprit de l’homme par un sentimentalisme bon marché. Nous sommes devenus des professionnels de la compassion. Et alors ? Est-ce que cela a changé quelque chose ? Quand vous sentez que la mentalité collective fait pression sur vous en essayant de vous convaincre de vous concentrer sur les apparences du monde, répétez-vous cette vérité écrasante : « je vais mourir, je ne suis pas important ; personne ne l’est ! ». Savoir cela est la seule chose qui compte.
Rencontres avec le Nagual – Castaneda

Aux chants des tambours …

Aux chants des tambours à la peau tannée, au sein des forêts lumineuses, il s’étire, se gonfle, se félinise et son pelage se forme en tâches rosettes. De ses yeux soudain dorés et magnétiques, il perçoit et visite d’abord ce monde d’ici. Caché et secret, patient et rapide, sa force se déploie en transe métamorphose au secret des âmes. Dans ce voyage dans l’invisible, sa morsure peut être terrible à celui qui s’oppose à son entrée dans les mondes de l’au-delà … Au cœur de la nuit, il halète dans un cri rauque et puissant et s’évapore au petit matin.

Cat 2006 

La Louba

Certes, il est bien tard en ce soir trouble où l’air se fait gourmandise et frôle en caresses légères nos rêves …. Pourtant, viens, je t’emmène dans les bois à la rencontre de la vie qui commence là … 
Ne sois pas effrayé lorsque mon âme rencontrera celle de la louve,
Ne sois pas inquiet de ma transformation,
Ne te sauve pas au hurlement qui montera de ma gorge,
Et écoute le chant de la Louba qui pose la seule question éternelle :
“Où est ton âme ?”.
Cat 2006

Libre inspiration de Femmes qui courent avec les loups de Clarissa Pinkola Estès

C’est au feu …

C’est au feu que je me transforme et à la crinière de mon cheval polypode que je chevauche, à l’orée de la nuit, vers les contrées les plus obscures … là me voyant à travers mon propre corps, je conduirai dans la lumière les morts qui ne savent, ne peuvent ou ne veulent quitter le monde des vivants !

cat 2006